Le nouveau film de Chloe Zhao, « Hamnet », se distingue par une approche sonore radicalement différente des productions historiques habituelles, privilégiant l’immersion sensorielle et l’émotion brute à la grandiloquence orchestrale. Le travail minutieux du concepteur sonore Johnnie Burn a contribué à créer une atmosphère unique, où la nature devient le reflet des états d’âme des personnages.
Johnnie Burn, dont le portfolio s’étend du documentaire glaçant « La Zone d’Intérêt » au voyage cinématographique débridé « Nope », a relevé un défi particulier avec « Hamnet ». Le film explore la vie d’Agnes (interprétée par Jessie Buckley), l’épouse de William Shakespeare, et la mort de leur fils Hamnet (Jacobi Jupe), un événement qui aurait inspiré la célèbre pièce « Hamlet ». Contrairement aux paysages sonores conventionnels des films d’époque – le bruit des charrettes, le cliquetis des armures, le chant des oiseaux – « Hamnet » propose une expérience auditive plus subtile et organique.
« J’ai beaucoup appris sur ‘La Zone d’Intérêt’ : plus le paysage sonore est réaliste et crédible, plus l’immersion est profonde », explique Johnnie Burn. « De minuscules détails, à un niveau inconscient, permettent de situer le spectateur dans l’univers du film. »
L’objectif principal de l’équipe sonore était de plonger le public au cœur de la nature, à la fois dans la forêt du Warwickshire où Agnes et Will (Paul Mescal) se rencontrent et où Agnes donne naissance à leur fille Susannah (Bodhi Rae Breathnach), et dans une dimension plus spirituelle, liée à la vie, à la mort et à la recherche de sens. Il ne suffisait pas d’ajouter quelques chants d’oiseaux et un léger souffle de vent. Burn a recherché des sons naturels d’une précision émotionnelle extrême.
« Par exemple, lorsqu’Hamnet est seul dans la cour après le départ de son père, on entend un oiseau particulièrement triste. Cela contribue à traduire les émotions du spectateur, mais obtenir cet effet demande une curation minutieuse », précise Burn. Dans la scène de l’accouchement en forêt, des éléments sonores créent une ambiance quasi-musicale, grâce à des variations de vent soigneusement composées pour évoquer une certaine humeur, sans pour autant recourir à une musique conventionnelle.
L’ambiance sonore de « Hamnet » est intimement liée à la direction artistique de Chloe Zhao et au travail du directeur de la photographie Łukasz Żal. Burn a présenté à Zhao une proposition basée sur l’idée que le son pouvait littéralement attirer le spectateur dans le monde d’Agnes, à condition d’adopter une approche cinématographique spécifique. Cette proposition a donné lieu à un test concluant.
« Il ne s’agissait pas seulement des dialogues. L’histoire reposait sur l’immersion dans l’environnement. Chloe et Łukasz ont choisi de filmer de manière statique, avec des mouvements de caméra lents, ce qui laissait beaucoup de place au design sonore pour créer l’atmosphère », explique Burn.
Cette synergie entre son et image a permis à l’équipe de parcourir la Grande-Bretagne à la recherche des sons parfaits. Des enregistrements de feuilles, de pas et de vent ont été réalisés au Pays de Galles, loin des bruits de la civilisation. Mais certains des sons les plus subtils de la maison de Shakespeare à Henley Street proviennent du propre loft de Burn.
« J’avais installé un système sonore quadraphonique dans mon grenier, un espace tout aussi bruyant et venteux. J’y ai enregistré de nombreux sons lors d’une nuit particulièrement venteuse », raconte Burn. « Le vent froid de la nuit est une bonne métaphore du deuil, vous savez. »
Au-delà de la tristesse poignante qui se dégage du film, Burn a glissé un détail amusant, un véritable « Easter egg » pour les connaisseurs. « Il y a un oiseau que l’on entend souvent dans la forêt et qui siffle en pentamètre iambique, le mètre utilisé dans les pièces de Shakespeare », révèle Burn. « Chloe m’a d’abord dit que je ne pouvais pas inonder le film d’oiseaux, que chaque son devait être justifié. J’ai donc soumis une demande écrite pour cet oiseau supplémentaire, par plaisanterie. »
Burn a finalement supprimé de nombreux sons d’oiseaux – assurant qu’aucun animal n’a été blessé pendant le tournage – mais l’objectif restait de créer une expérience immersive et détaillée, tout en trouvant le juste équilibre. « Dès la lecture du scénario, j’ai pensé que la vie de William et d’Agnes était intimement liée à la nature, et qu’Agnes était une sorte de ‘sorcière des bois’. Il s’agissait donc de faire ressentir cet espace au spectateur. »
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