Publié le 29 novembre 2025 à 16h13. L’administration Trump semble avancer vers un plan de paix en Ukraine qui, selon plusieurs observateurs, favoriserait les intérêts russes, suscitant l’inquiétude des alliés européens et de Kiev. Des négociations secrètes et des propositions controversées sont au cœur de cette nouvelle tentative de résolution du conflit.
- Donald Trump affirme que des « progrès énormes » ont été réalisés dans les négociations pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
- Un plan de paix élaboré par les États-Unis, qui comprend des concessions territoriales à la Russie et des limitations sur l’armée ukrainienne, a été présenté à Kiev.
- Les dirigeants européens s’inquiètent d’un possible revirement de la politique américaine en faveur de la Russie et des conséquences pour la sécurité européenne.
Après des jours de diplomatie intensive, Donald Trump a annoncé cette semaine que ses négociateurs avaient obtenu des résultats significatifs dans la recherche d’une solution au conflit ukrainien. Les autorités ukrainiennes ont indiqué avoir accepté les « termes fondamentaux » d’un plan de paix soutenu par les États-Unis. Trump a également précisé que son émissaire, Steve Witkoff, se rendrait au Kremlin la semaine prochaine pour des entretiens avec Vladimir Poutine. Cependant, de sérieuses interrogations subsistent quant aux détails précis de cet accord et à la position de la Russie.
La semaine dernière, l’ancien président américain a exercé une forte pression sur Kiev pour qu’elle adhère à un plan en 28 points, élaboré suite à des discussions entre Witkoff et des représentants russes à Miami. Cette proposition, qui reflète les objectifs de guerre maximalistes de Moscou, impliquerait pour Kiev de céder le contrôle du reste de la région du Donbass et de limiter la taille de son armée à 600 000 hommes. Cette approche a alarmé les alliés européens de l’Ukraine, qui ont présenté une contre-proposition en 19 points, censée constituer la base de l’accord finalement accepté par Kiev.
Un parti pris pro-russe ?
Selon plusieurs analystes, le plan de paix américain équivaut à une « capitulation pure et simple » de l’Ukraine. The Times estime qu’il obligerait Kiev à abandonner la « ceinture de forteresse » qu’elle défend depuis des années dans le Donbass et lui refuserait toute garantie de sécurité crédible. Si Volodymyr Zelensky avait cédé à l’ultimatum de Trump, qui lui donnait jusqu’au 27 novembre (Thanksgiving) pour accepter les conditions, il aurait probablement dû démissionner.
« Ce plan trahit le parti pris pro-russe de Trump et son indifférence à l’égard de l’Ukraine, tout comme sa suggestion dédaigneuse selon laquelle Zelensky peut « se battre à fond » si aucun accord n’est conclu. »
Analyse de The Economist
Le plan de paix aurait été divulgué par Moscou, selon The Economist, et une analyse basée sur l’intelligence artificielle suggère qu’il s’agit d’une traduction d’un texte original russe.
Une question qui donne à réfléchir
Les événements de la semaine dernière rappellent ceux d’août, lorsque Trump avait accueilli Poutine en Alaska. Kiev et ses alliés européens avaient alors été exclus des négociations qui détermineraient leur avenir, se retrouvant dans l’urgence à tenter d’améliorer un accord favorable à Moscou.
Les dirigeants européens se sont interrogés, selon The New York Times, sur la possibilité que les États-Unis soient sur le point de forcer l’Ukraine à « capituler » au profit de Vladimir Poutine et de l’OTAN, et ce, sans même les consulter. Cependant, mardi, la crise a été évitée grâce à la capacité des dirigeants européens à affiner leur « méthode pour gérer Trump » après une année d’épisodes similaires. Ils ont choisi d’« adopter » le plan visant à maintenir Trump à leurs côtés, tout en insistant sur le fait qu’il ne s’agissait que d’un point de départ pour des négociations.
Les Européens ont réussi à réduire le plan initial de 28 points à 19, selon The Times. Néanmoins, plusieurs exigences clés de la Russie demeurent, notamment l’absence de présence militaire occidentale en Ukraine et l’exclusion de toute perspective d’adhésion à l’OTAN. Les questions fondamentales – comment diviser les territoires et garantir la sécurité contre de futures invasions – restent pour l’instant sans réponse.
Un « choix misérable »
Alors que les questions territoriales restent en suspens, la Russie « tente de refroidir les espoirs d’une avancée rapide vers la paix », a déclaré Samuel Ramani dans The Daily Telegraph. Elle continue de bombarder les villes ukrainiennes et ses responsables ont qualifié les nouvelles propositions de « non constructives ».
Pour Kiev, le risque est désormais que Poutine persuade Trump de soutenir des conditions favorables à la Russie, ont souligné Tim Ross et ses collègues dans Politico. Cela laisserait Zelensky face à un « choix misérable » : soit accepter une offre « concoctée par Trump et Poutine », soit espérer que ses alliés européens tiendront enfin leurs promesses d’aide.
À terme, cependant, un accord devra être conclu, a estimé Gideon Rachman dans le Financial Times. Au cours de quatre années de guerre, l’Ukraine a subi des centaines de milliers de victimes, des millions de citoyens ont fui à l’étranger et son économie est en ruine. Un règlement défavorable pourrait compromettre son avenir en tant que nation « véritablement indépendante ». Mais il ne faut pas se leurrer : « la poursuite de la guerre est également très préjudiciable à l’Ukraine ».