Publié le 29 novembre 2025 23:42:00. L’Assemblée nationale a été le théâtre d’échanges tendus ce samedi lors de l’examen du projet de Loi de Finances initiale (LFI) 2026, la question d’une dette sénégalaise non déclarée de 7 milliards de dollars (environ 6,5 milliards d’euros) suscitant de vives inquiétudes.
- Aïssata Tall Sall, ancienne ministre des Affaires étrangères, a interpellé le gouvernement sur la nature et la composition de cette dette dite « cachée ».
- Elle a critiqué l’ambiguïté du terme et demandé la publication des rapports de Forvis Mazars pour un débat transparent.
- La parlementaire a mis en garde contre une gestion imprudente de la dette, l’abandon des subventions et le recours aux fonds vautours.
La question d’une dette publique sénégalaise non comptabilisée, révélée en septembre 2024, a dominé les débats parlementaires ce samedi. Estimée à 7 milliards de dollars, cette « dette cachée » soulève des interrogations quant à la transparence des finances publiques et à la santé économique du pays.
Aïssata Tall Sall a ouvertement défié le gouvernement, exigeant une clarification complète sur cette affaire. S’appuyant sur une citation d’Albert Camus –
« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde »
Albert Camus
– elle a dénoncé le flou entourant l’expression « dette cachée », soulignant la divergence des définitions.
« Que signifie précisément ‘dette cachée’ ? », a-t-elle interrogé le ministre des Finances. Elle a rappelé que le ratio d’endettement est calculé selon les normes internationales du Système de Comptabilité Nationale (GFSM), utilisées par le Fonds Monétaire International (FMI) et l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), et a demandé comment cette dette avait été intégrée à ces calculs. L’élue s’est également interrogée sur l’inclusion de la dette des entreprises publiques à participation majoritaire de l’État, rappelant que la dette contingente sans garantie de l’État n’est généralement pas prise en compte dans le total de la dette publique.
Mme Tall Sall a ensuite remis en question la notion même de « cacher » une dette bancaire, que le ministre avait évoquée comme potentiellement source d’une crise systémique. « Comment l’État peut-il devoir de l’argent à des banques, emprunter des fonds, et que cela reste inconnu ? », a-t-elle demandé, soulignant que les banques sont étroitement surveillées par des instances régionales comme la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), garantissant la traçabilité des transactions financières, même celles qui ne figurent pas immédiatement dans les comptes du Trésor.
Pour lever toute ambiguïté, l’ancienne ministre a réclamé la publication des rapports de Forvis Mazars, un cabinet d’audit dont les conclusions sont au cœur de la polémique. « Donnez-nous les documents et nous débattra à armes égales. Sortez les rapports cachés de l’accord de Forvis Mazars et nous en terminerons avec ce débat », a-t-elle exhorté.
En conclusion, Aïssata Tall Sall a mis en garde le gouvernement contre plusieurs risques. Elle a notamment prévenu contre un endettement excessif, soulignant la prédominance des banques ivoiriennes dans le secteur financier sénégalais (détenant 42 % des emplois), un fait qu’elle a jugé préoccupant pour la souveraineté économique du pays. Elle a également mis en garde contre l’abandon des subventions, notamment celles sur les hydrocarbures, et contre toute solution impliquant le recours aux fonds vautours, qu’elle a qualifié de « solution inacceptable ».
« Monsieur le ministre, regardez les Sénégalais dans les yeux. Ne cherchez plus à masquer la vérité. Dites-leur ce que vous comptez faire », a-t-elle conclu, appelant à l’honnêteté et à la clarté dans la gestion des finances publiques.