Publié le 30 novembre 2023. La Commission européenne envisage de contraindre les entreprises à électrifier leurs flottes automobiles d’ici 2030, une initiative qui suscite de vives critiques de la part de l’industrie, perçue comme une interdiction déguisée des véhicules à moteur thermique.
- Bruxelles pourrait imposer des quotas d’acquisition de véhicules électriques aux grandes entreprises.
- Cette mesure intervient alors que l’UE étudie un assouplissement de l’interdiction des moteurs à combustion interne prévue pour 2035.
- L’Allemagne s’oppose fermement à cette proposition, craignant des conséquences négatives sur l’industrie automobile.
La Commission européenne explore la possibilité d’imposer un virage électrique aux flottes de location et aux véhicules de société d’ici 2030. Cette proposition, qui prendrait la forme de quotas d’acquisition de véhicules électriques pour les grandes entreprises, intervient à un moment où Bruxelles reconsidère également l’interdiction des moteurs à combustion interne prévue pour 2035. Selon des sources proches des discussions, l’objectif initial d’une interdiction totale a été assoupli face à l’opposition de plusieurs États membres.
Les réactions dans l’industrie automobile sont virulentes. Nico Gabriel, directeur des opérations de Sixt, estime que ce quota conduirait à une interdiction des véhicules thermiques bien plus précoce que prévu.
« Ce quota conduirait en fait à une interdiction beaucoup plus précoce des véhicules à moteur à combustion. Il semble y avoir une sorte de jeu à double épée. »
Nico Gabriel, directeur des opérations de Sixt
Un responsable d’un grand constructeur automobile va même jusqu’à qualifier cette mesure d’« interdiction détournée de l’essence ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait fait de l’écologisation des flottes d’entreprises un axe majeur de son programme pour son second mandat, après sa réélection l’année dernière. Cependant, la proposition actuelle est loin de faire l’unanimité. Plusieurs États membres et acteurs de l’industrie plaident pour son retrait.
L’Allemagne, en particulier, s’oppose fermement à cette initiative. Le chancelier Friedrich Merz a adressé une lettre à Ursula von der Leyen vendredi dernier, exprimant le rejet de l’Allemagne face à un quota légal sur les flottes d’entreprises et appelant à l’abandon de l’interdiction des moteurs à combustion interne en 2035.
Bruxelles étudie également la possibilité d’imposer des quotas au niveau national, afin de donner plus de flexibilité aux États membres. Ces quotas pourraient être fixés de manière volontaire ou recommandée, afin d’encourager l’adhésion sans l’imposer.
Les enjeux sont considérables. Six voitures sur dix vendues en Europe le sont aux entreprises, et ce segment représente jusqu’à la moitié des ventes annuelles de certains constructeurs automobiles. Les organisations de défense de l’environnement, comme Transport & Environment, soulignent que l’accélération de la transition écologique des flottes d’entreprise est essentielle pour atteindre l’objectif de réduction des émissions fixé pour 2035, ces flottes étant responsables de plus de 70 % des émissions des nouvelles voitures.
Les constructeurs automobiles et les exploitants de flottes d’entreprises mettent en garde contre les conséquences d’une telle mesure. Ils soulignent le manque d’infrastructures de recharge, la capacité limitée des réseaux électriques et la demande encore faible des consommateurs. Selon Thomas Becker, vice-président de la stratégie de développement durable et de mobilité chez BMW,
« L’industrie automobile européenne serait plus petite et l’âge moyen du parc automobile augmenterait considérablement. Cela signifie que l’impact de la réduction des émissions de carbone serait massivement dilué, car une plus grande partie du kilométrage total serait parcourue par des voitures à moteur à combustion plus anciennes. »
Thomas Becker, vice-président de la stratégie de développement durable et de mobilité chez BMW
Richard Knubben, directeur général de Leaseurope, qui représente les sociétés européennes de leasing et de location de véhicules, avertit également que le maintien des véhicules en circulation plus longtemps et la diminution des achats de voitures pourraient nuire aux prix d’occasion des véhicules électriques. Il critique l’idée que l’augmentation du nombre de véhicules électriques sur le marché de l’occasion entraînerait automatiquement une baisse des prix. Au contraire, une faible valeur de revente augmenterait les coûts de financement pour les acheteurs professionnels, ce qui ralentirait l’adoption des véhicules électriques.
Ursula von der Leyen avait initialement envisagé d’imposer un mandat total de véhicules électriques aux flottes d’entreprise d’ici la fin de la décennie. Cependant, face à la forte opposition de l’Allemagne et de l’Italie, l’UE a assoupli sa proposition, en la ramenant à un objectif inférieur à 100 %.
Selon Leaseurope, le taux de pénétration des véhicules électriques au sein de ses membres était de 23 % l’année dernière, contre près de 13 % pour l’ensemble des véhicules vendus en Europe. John Saffrett, directeur général adjoint du groupe de leasing automobile Ayvens, souligne que
« Les entreprises ont devancé le marché de détail en matière d’électrification, mais imposer trop de véhicules électriques à leur flotte risque de fausser considérablement le marché automobile sans s’attaquer aux véritables obstacles sous-jacents qui limitent l’adoption des véhicules zéro émission. »
John Saffrett, directeur général adjoint du groupe de leasing automobile Ayvens
La Commission européenne n’a pas souhaité commenter cette affaire.