Publié le 24 septembre 2024. L’univers flamboyant de Madame Zingara est de retour au Cap, avec La Douce Royale, un spectacle qui explore la fragilité de l’existence à travers l’art, la beauté et une bonne dose d’extravagance.
- Après une interruption de dix ans, la célèbre « maison » mobile de Madame Zingara, un chapiteau de style Belle Époque, propose un nouveau spectacle au Cap avant de se rendre à Johannesburg en juillet 2025.
- La Douce Royale combine des performances de cirque, de la musique et de la danse pour créer une expérience immersive qui invite à embrasser le plaisir malgré la tristesse inhérente à la vie.
- Le spectacle met en avant des artistes talentueux dans des disciplines variées, de la contorsion à la jonglerie en passant par l’acrobatie.
L’hédonisme, souvent associé à l’excès et à l’égoïsme, possède une longue tradition philosophique. Loin d’être une simple quête de plaisirs immédiats, il peut, dans sa forme la plus noble, viser à minimiser la souffrance et à maximiser le bien-être collectif. Cette idée, qui résonne avec des concepts issus de la philosophie épicurienne, du bouddhisme et même de la Bible, semble être au cœur de la nouvelle production de Madame Zingara.
Après avoir été ravagée par un incendie il y a vingt ans, l’institution capoise Madame Zingara a connu une renaissance spectaculaire. D’abord sous forme de restaurants, puis comme un chapiteau itinérant, la marque a su se réinventer. Après avoir parcouru l’Afrique du Sud en 2015, la Comtesse Royale Zingara, figure emblématique de cet univers, revient au Cap pour offrir un spectacle inédit.
La Douce Royale s’ouvre sur une scène douce-amère, avec la figure de la « femme qui pleure » (Jenny le Roux) se libérant de ses vêtements de deuil et invitant le public à un voyage esthétique. Le spectacle est ensuite porté par The Timekeeper (Andile Magxaki), maître de cérémonie qui introduit le concept d’« extagonie » – un mélange complexe de nostalgie, de chagrin et de joie intense. C’est cette capacité à trouver de la beauté et du plaisir même en reconnaissant la tristesse de l’existence qui semble être le fil conducteur de la soirée.
L’expérience Zingara est avant tout une invitation à la légèreté et à l’abandon. Dans un décor somptueux et entouré de personnages excentriques, le public est encouragé à laisser libre cours à son imagination et à se laisser emporter par la musique et la danse. La nourriture est généreuse, les boissons abondantes, et l’ambiance propice à la fête. Mais au-delà de la frivolité apparente, une atmosphère d’émerveillement et de libération se dégage, un désir partagé de s’évader des soucis quotidiens grâce à l’art.
Le spectacle ne se prend pas toujours au sérieux, flirtant parfois avec l’absurde – comme en témoigne l’interruption inattendue d’un air d’opéra par un pet de diva (Megan Spencer). Cette juxtaposition du sublime et du trivial est assumée et contribue à l’originalité de la production. L’équilibre entre le grand art et le divertissement populaire est constamment remis en question, suscitant rires, surprise et même une légère appréhension.
La qualité des performances est indéniable. La contorsionniste Lunga Buthelezi épate avec sa souplesse, les jumeaux Mykola et Andrii Pysiura combinent humour et prouesses physiques, Axel Perez séduit par son charisme sur le rola bola, et Juan Pablo Palacios et Victoria Perez Iacono offrent des numéros acrobatiques à couper le souffle. Le spectacle met également en lumière des disciplines moins connues, comme la jonglerie de Tara Boom avec des parapluies et le numéro d’équilibriste vertigineux de Tatiana Babiy. Le quatuor vocal Les Clorettes apporte une touche pétillante avec ses mélodies entraînantes.
Les directeurs artistiques Craig et Valentina Leo décrivent leur création comme une « réponse poétique » à un monde en proie à l’incertitude, un appel à « s’accrocher à la beauté, à l’espoir et les uns aux autres ». Un message qui résonne particulièrement fort dans le contexte actuel.
Cet article a été publié pour la première fois dans Business Day.
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