Publié le 01 décembre 2025, 18h54. Le directeur général de l’AMS (Agence autrichienne pour l’emploi) tire la sonnette d’alarme face à des pratiques d’entreprises consistant à jongler avec les contrats de travail à court terme, et anticipe une nouvelle hausse du chômage cet hiver.
- Des entreprises réembauchent rapidement du personnel après l’avoir temporairement licencié, créant une instabilité sur le marché du travail.
- Une nouvelle réglementation, entrant en vigueur en janvier, limitera les revenus complémentaires des chômeurs, suscitant des inquiétudes.
- L’AMS prévoit une croissance économique limitée pour 2026 et craint un possible budget d’austérité en 2027.
Johannes Kopf, directeur de l’AMS, a exprimé son inquiétude quant à des pratiques de plus en plus courantes chez certains employeurs. Dans une interview accordée au journal « Kurier », il a dénoncé le fait que des entreprises licencient leur personnel pour quelques semaines avant de le réembaucher, profitant ainsi du système de chômage partiel.
« Les entreprises nous envoient leur personnel pour quelques semaines puis les réembauchent. Cela se produit avec le meilleur accord possible entre le salarié et l’entreprise. Certains disent ouvertement que nous n’accepterons aucune commande en décembre parce que nous n’avons personne. »
Johannes Kopf, directeur de l’AMS
Selon M. Kopf, cette situation est symptomatique d’un manque de personnel qualifié dans certains secteurs. Il estime qu’une réforme du système de chômage de courte durée est nécessaire pour y remédier. Il s’attend également à une nouvelle augmentation du nombre de demandeurs d’emploi durant les mois d’hiver.
Malgré quelques signes d’amélioration, notamment dans la construction, le tourisme et le commerce, la reprise économique reste fragile. Les incertitudes géopolitiques, telles que la guerre en Ukraine et les potentielles mesures protectionnistes de Donald Trump, pèsent sur les perspectives de croissance. L’AMS prévoit une croissance d’environ 1 % pour l’année 2026, un chiffre jugé insuffisant.
À partir de janvier, une nouvelle mesure controversée entrera en vigueur, restreignant la possibilité pour les chômeurs de cumuler des revenus supplémentaires, sauf exceptions. L’AMS estime que cette mesure affectera entre 10 000 et 12 000 personnes. Environ 25 000 chômeurs sont actuellement concernés par des emplois marginaux, dont un quart a plus de 50 ans. L’objectif affiché est de favoriser un retour plus rapide à un emploi à temps plein.
M. Kopf s’attend à un « effet de régularisation » dans certains secteurs, notamment la restauration, où certains employés travaillent en réalité à temps plein tout en étant officiellement déclarés à temps partiel pour bénéficier d’allocations chômage.
« En particulier dans le secteur de la restauration, certaines personnes travaillent en réalité plus qu’à temps partiel, de sorte que le travail à temps partiel sert essentiellement à couvrir un travail non déclaré supplémentaire. »
Johannes Kopf, directeur de l’AMS
Cette nouvelle réglementation suscite des critiques de la part de divers groupes, notamment les travailleurs du secteur culturel, les créateurs de start-up, les déneigeurs et les personnes bénéficiant de programmes d’insertion après une incarcération. M. Kopf reconnaît que cette mesure pourrait avoir des effets négatifs sur certaines catégories de personnes, mais souligne la nécessité de réévaluer le système d’emploi marginal en Autriche, où les emplois à faible rémunération (600 à 700 euros) sont rares en raison des charges sociales élevées.
Le contrôle de cette nouvelle réglementation sera assuré par les inscriptions à la sécurité sociale et des contrôles renforcés en collaboration avec la police financière. Des suspensions d’allocations et des pénalités ont déjà été prononcées à l’encontre d’entreprises employant des personnes à temps plein tout en les déclarant à temps partiel.
Concernant le budget de l’AMS, il reste stable pour l’instant, avec 1,51 milliard d’euros alloués pour 2026, dont 150 millions d’euros dédiés à un nouveau programme de formation continue. Cependant, M. Kopf met en garde contre une possible réduction budgétaire en 2027, soulignant l’importance d’un accord politique rapide en 2026 pour éviter des coupes drastiques.
L’AMS se félicite des résultats positifs de son programme pour les jeunes, qui a permis à 25 % des 5 000 jeunes formés l’année dernière de trouver un emploi et à 45 % de poursuivre une formation continue, souvent en alternance. Le taux de réussite du programme s’élève à 70 %, un chiffre considéré comme excellent.