Publié le 2 décembre 2025 à 01h38. Le chef de l’administration présidentielle ukrainienne, Andri Yermak, a été démis de ses fonctions dans un contexte de soupçons de corruption et à un moment crucial des négociations de paix avec la Russie, ouvrant une nouvelle phase dans la stratégie de Kyiv.
- Andri Yermak, jusqu’à récemment le principal négociateur ukrainien à Genève, a été limogé par Volodymyr Zelensky.
- Des perquisitions ont eu lieu au domicile de Yermak à Kyiv, dans le cadre d’une enquête pour corruption liée à un scandale dans le secteur de l’énergie.
- Rustem Umerov, jusqu’alors chef du Conseil de sécurité ukrainien, a été nommé pour succéder à Yermak à la tête de la délégation de négociation.
La destitution d’Andri Yermak intervient alors que l’Ukraine tente de maintenir sa position dans les pourparlers avec la Russie, et alors que les accusations de corruption pourraient être utilisées comme levier de pression, selon des analystes.
Volodymyr Zelensky a annoncé la démission de son chef de cabinet vendredi soir, tout en saluant son engagement dans la défense des intérêts ukrainiens.
« Le chef de l’administration, Andri Yermak, a présenté sa démission. Je suis reconnaissant à Andri d’avoir toujours défendu la position ukrainienne dans les négociations comme il se doit. Cela a toujours été une position patriotique. »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien
Le lendemain, il a nommé Rustem Umerov à son poste, confiant à ce dernier la direction des négociations à Genève.
Cette décision fait suite à une opération menée par le Bureau national anti-corruption (NABU) et le Bureau du procureur spécialisé anti-corruption (SAP) au domicile de M. Yermak à Kyiv. Bien que les raisons officielles de cette perquisition n’aient pas été divulguées, l’opposition ukrainienne l’a liée à l’affaire dite « Mindich », un réseau de corruption présumé dans le secteur énergétique faisant l’objet d’une enquête.
Andri Yermak et Volodymyr Zelensky se connaissent depuis les années 1990, ayant tous deux dirigé des sociétés de production cinématographique. Juriste de formation, Yermak s’est engagé en politique au début des années 2000, collaborant avec le député Elbrus Tedeyev, issu de l’ancien parti pro-russe « Parti des régions », entre 2006 et 2014. Il est devenu conseiller du président Zelensky en 2019, assumant progressivement des responsabilités croissantes en matière de politique étrangère, puis intérieure.
Son rôle s’est renforcé après l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février 2022, participant à la quasi-totalité des rencontres liées au processus de paix, rencontrant des représentants de pays partenaires à Kyiv et effectuant des voyages à l’étranger. En février 2025, il était aux États-Unis lorsque le président Zelensky a eu une discussion animée avec Donald Trump et son vice-président JD Vance au Bureau ovale.
Pour Oleg Saakjan, politologue à la Plateforme ukrainienne pour la résilience et la cohésion, ce changement de chef négociateur affaiblira inévitablement l’équipe ukrainienne.
« Cela aura certainement des conséquences. Yermak disposait du réseau nécessaire, de tous les contacts et des connaissances spécialisées. Il avait accès à l’ensemble de la structure exécutive. Personne d’autre ne peut, en tant que chef de l’équipe de négociation, envoyer un message à un ministre ou au commandant en chef pour obtenir des données opérationnelles. »
Oleg Saakjan, politologue
Parallèlement, aux États-Unis, la nouvelle délégation ukrainienne, dirigée par Rustem Umerov, doit discuter d’un plan de paix américain avec Dan Driscoll, pressenti pour devenir le nouvel envoyé spécial de Donald Trump pour l’Ukraine. M. Saakjan estime que le limogeage de Yermak est une « étape nécessaire pour protéger les positions ukrainiennes » et soupçonne que les accusations de corruption pourraient être instrumentalisées pour exercer des pressions sur Kyiv.
Volodimir Horbatsch, expert à l’Institut ukrainien pour la transformation de l’Eurasie du Nord (INET), estime que cette succession d’événements place le pouvoir ukrainien dans une « impasse stratégique », susceptible d’affaiblir M. Zelensky sur le plan politique et émotionnel à l’approche de négociations délicates. Il souligne le manque d’une stratégie claire de guerre et de négociations jusqu’à présent, caractérisée par une approche réactive plutôt que proactive.
Selon lui, une restructuration profonde du pouvoir, allant au-delà du remplacement du chef de l’administration présidentielle, est nécessaire, impliquant un changement de gouvernement, de direction militaire et des mesures de contre-espionnage pour éradiquer la corruption et l’influence russe. M. Horbatsch conseille à M. Zelensky de réintégrer le Parlement et le gouvernement, ces organes étant accusés d’être sous le contrôle de M. Yermak.
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