Publié le 2 décembre 2025 à 07h02. Migros a baissé les prix de mille produits l’an dernier, une stratégie controversée. Son directeur, Mario Irminger, explique les raisons de cette offensive commerciale et les défis rencontrés.
- Migros a constaté une augmentation significative des volumes de vente sur les articles dont les prix ont été réduits, sans pour autant gagner de parts de marché.
- Certains produits en promotion sont vendus à perte, financés par d’autres articles plus rentables.
- L’entreprise investit 500 millions de francs suisses (environ 515 millions d’euros) dans cette stratégie de prix bas.
Face à la concurrence accrue des discounters allemands Aldi et Lidl, Migros a lancé une vaste campagne de réduction de prix sur environ 1 000 produits, allant des fruits et légumes à la viande et aux produits biologiques, à l’automne 2024. L’objectif affiché était de dissuader les consommateurs de se tourner vers les enseignes à bas prix. Cette initiative s’accompagne d’un investissement conséquent de 500 millions de francs suisses et de l’apposition d’autocollants jaunes signalant les prix réduits.
Mario Irminger reconnaît que certains produits bénéficiant de ces réductions sont vendus en dessous de leur coût réel, une pratique courante dans la grande distribution. Il prend l’exemple du pain, où les discounters ont récemment proposé des miches à moins d’un franc suisse (environ 0,90 euro). Migros et Coop ont rapidement suivi, au détriment de nombreuses boulangeries artisanales. « Nous avons été obligés de faire de même parce que les prix du marché ont changé », explique-t-il. « En fait, nous ne pouvons pas du tout soutenir de telles activités, nous pensons aussi qu’elles sont fausses. »
Les réductions de prix ne sont qu’une partie de la stratégie. Migros veut s’agrandir et rénover pour cinq milliards, déclare Mario Irminger
SRF
Cette stratégie de prix bas est-elle rentable pour Migros ? Selon Mario Irminger, l’entreprise vise une rentabilité de 2,5 %, à l’image de Coop, et se donne quatre à cinq ans pour atteindre cet objectif. Il souligne également que Migros doit améliorer son efficacité et saisir les opportunités offertes par l’augmentation de l’immigration en Suisse, qui représente un potentiel de dizaines de milliers de nouveaux clients chaque année.
Les fournisseurs, notamment les agriculteurs, avaient exprimé des inquiétudes suite au lancement de cette offensive sur les prix. Mario Irminger assure que Migros respecte scrupuleusement les prix objectifs fixés par les organisations professionnelles. Les producteurs régionaux et locaux, tels que Doubt, Ricola et Rivella, ne seraient pas soumis à une pression particulière. En revanche, Migros ambitionne d’accroître sa part de marché face aux géants mondiaux comme Nestlé, Lindt & Sprüngli et Coca-Cola.
Migros attire avant tout les chasseurs de bonnes affaires déloyaux et informe essentiellement les clients sur les prix.
Selon Jörg Staudacher, de l’Institut de la vente et du commerce, cette stratégie risque d’attirer une clientèle uniquement intéressée par les promotions et de banaliser l’image de Migros. L’entreprise mise cependant sur un ensemble de mesures, incluant la construction de 140 nouvelles succursales et la rénovation des magasins existants, pour un investissement total de deux milliards de francs suisses.