Mis à jour le 2024-12-02 16:35:00. La découverte d’une hormone de croissance interdite dans du bœuf brésilien importé en Europe relance les inquiétudes concernant la sécurité alimentaire et menace de faire dérailler l’accord commercial en cours de négociation entre l’Union européenne et le Mercosur.
- Des traces d’œstradiol-17β, une substance classée comme « cancérigène complet » par les autorités scientifiques européennes, ont été détectées dans du bœuf congelé provenant du Brésil.
- L’affaire alimente les critiques contre l’accord commercial avec le Mercosur, notamment en Irlande, où les agriculteurs et les élus dénoncent un manque de garanties sanitaires et environnementales.
- Le Parlement européen doit se prononcer prochainement sur des mesures de sauvegarde, tandis que plusieurs eurodéputés annoncent déjà leur opposition à l’accord.
La présence d’hormones interdites dans du bœuf importé du Brésil a déclenché un rappel de produits en Italie et provoque une vive agitation politique. L’Union européenne interdit l’utilisation d’hormones de croissance pour le bétail depuis 1981, en raison de leurs effets potentiellement cancérigènes. L’œstradiol-17β, en particulier, est considéré par les comités scientifiques européens comme un « cancérigène complet », capable à la fois de déclencher et de favoriser le développement de tumeurs.
Cette découverte intervient à un moment crucial, alors que l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) ont annoncé en décembre 2024 une avancée politique vers la conclusion d’un vaste accord commercial. La Commission européenne a même publié en septembre 2025 des propositions en vue de la signature et de la ratification de ce traité, qui deviendrait l’un des plus importants accords commerciaux au monde.
En Irlande, l’affaire a suscité une forte réaction. Adam Woods, rédacteur en chef adjoint de l’Irish Farmers Journal, a souligné la nécessité de règles du jeu équitables pour les agriculteurs européens :
« Ils veulent que le bœuf qui entre dans l’UE soit produit selon les mêmes normes que le nôtre… tout bœuf entrant sur ce marché doit être soumis à la même rigueur que celui produit ici. »
Francie Gorman, président de l’Irish Farmers Association (IFA), a dénoncé un « sérieux signal d’alarme » et a critiqué les défenseurs de l’accord avec le Mercosur.
« Cela a été découvert par hasard, pour être clair, et cela montre que les contrôles dont on nous a dit qu’ils étaient en place ne le sont pas… Ce bœuf doit cesser d’entrer dans l’UE de toute urgence. »
Il a également appelé le leader du parti Fine Gael, Simon Harris, à clarifier la position de son parti, rappelant que le programme gouvernemental prévoit de s’opposer à l’accord actuel avec le Mercosur et de supprimer les importations de produits alimentaires.
Gorman a insisté sur le fait que les garanties promises par le Brésil ne sont pas fiables :
« Les soi-disant sauvegardes ne font aucune référence à la santé publique… Les autorités de l’UE ne peuvent avoir aucune confiance dans les systèmes de contrôle du Brésil. Ignorer cela met en danger la santé publique et celle des consommateurs. »
Au Parlement européen, l’eurodéputé Billy Kelleher (Fianna Fáil) a déclaré que la partie concernant le bœuf de l’accord avec le Mercosur était désormais « inacceptable » et a annoncé qu’il voterait contre l’accord lors du vote prévu plus tard ce mois-ci. Il a également mis en évidence les récentes enquêtes médiatiques révélant des pratiques laxistes en matière d’utilisation d’antibiotiques au Brésil. Kelleher a averti que l’augmentation des importations de bœuf brésilien entraînerait une accélération de la déforestation en Amazonie et le déplacement des populations autochtones :
« Nous devons être honnêtes avec nous-mêmes : une augmentation des exportations de bœuf brésilien vers l’Europe entraînera une destruction encore plus grande de la forêt amazonienne et le déplacement des populations indigènes. À mon avis, c’est moralement et éthiquement répréhensible. »
Kelleher a critiqué la Commission européenne pour avoir privilégié les intérêts d’autres secteurs, comme l’industrie automobile, au détriment de l’agriculture. Il a souligné que les garanties mises en place reposent sur la bonne volonté des autorités brésiliennes, dont il ne se sent pas suffisamment confiant.
Le Parlement européen devrait se prononcer sur des mesures de sauvegarde dans les prochains jours, mais l’avenir de l’accord commercial avec le Mercosur apparaît de plus en plus incertain.