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Années de bombe au Tyrol du Sud, quotidien Junge Welt, 4 décembre 2025

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Au cœur des montagnes du Tyrol du Sud, un nouveau film explore les cicatrices laissées par les attentats à la bombe des années 1960, perpétrés par un mouvement séparatiste, et leurs répercussions sur une…

Années de bombe au Tyrol du Sud, quotidien Junge Welt, 4 décembre 2025

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Au cœur des montagnes du Tyrol du Sud, un nouveau film explore les cicatrices laissées par les attentats à la bombe des années 1960, perpétrés par un mouvement séparatiste, et leurs répercussions sur une famille déchirée entre loyauté et répulsion.

  • Le film « Zweitland » de Michael Kofler revisite les « années de la bombe » (1956-1969) au Tyrol du Sud.
  • L’œuvre met en lumière les tensions entre la minorité germanophone et les autorités italiennes, ainsi que les violences qui ont suivi les attentats.
  • L’histoire se concentre sur le dilemme moral d’un homme, Paul, confronté aux actions radicales de son frère et à l’impact de la violence sur sa famille.

Dans la nuit du 11 au 12 juin 1961, le sommeil de Paul (Thomas Prenn) est brutalement interrompu par une série d’explosions. À peine vêtu, il sort dans l’obscurité de la vallée tyrolienne, tandis que son frère, Anton (Laurence Rupp), observe la scène avec un mélange d’amusement et de désapprobation. « On dirait qu’ils font la fête à Milan, ce soir », lâche Anton, ignorant l’effroi de son jeune frère.

« Zweitland », premier long métrage du réalisateur sud-tyrolien Michael Kofler, plonge au cœur d’un drame familial exacerbé par le contexte historique des attentats revendiqués par le Comité de libération du Tyrol du Sud (BAS), une organisation séparatiste active dans les années 1960. Le film ne minimise en rien les causes de ces actions, exposant dès ses premières scènes le traitement injuste et systématique réservé à la minorité germanophone par les autorités de l’époque, composées uniquement de fonctionnaires italophones.

La réaction de l’État, suite à la « Nuit du Feu », est également présentée avec une fidélité historique rigoureuse : des arrestations massives, des violences policières, et même des décès liés aux agissements des carabiniers. Anton, l’aîné, parvient à s’échapper à la dernière minute, grâce à l’avertissement de Paul, laissant derrière lui sa femme Anna (Aenne Schwarz) et leur fils Thomas, âgé de sept ans.

Paul se voit rapidement confier la responsabilité de la ferme familiale. Mais il est paralysé par le doute. Il rejette la radicalité des séparatistes, d’autant qu’un innocent a été tué lors des attentats. Il refuse d’assumer la moindre responsabilité, que ce soit devant la justice ou vis-à-vis de l’engagement politique de son frère. C’est là que se joue le premier test pour la famille.

Les « années de la bombe » (1956-1969) restent un sujet sensible au Tyrol du Sud, longtemps resté tabou dans les conversations privées. Michael Kofler y voit la raison moins dans les conséquences judiciaires que dans un sentiment collectif d’injustice profondément ancré : « Les cicatrices étaient toujours là. » Il souligne également le manque de discussion sur ces événements dans les cours d’histoire des années 1990 : « L’escalade de la violence n’était pas vraiment abordée. »

Ce silence a éveillé la curiosité de nombreux jeunes. Aujourd’hui, de nombreuses études et documentaires sont consacrés au BAS. Une thèse fréquemment avancée est que, si les attaques contre les pylônes électriques et autres infrastructures n’ont pas eu d’impact direct significatif, les réactions internationales face aux violations des droits de l’homme et aux mauvais traitements en prison ont posé des problèmes à Rome. Michael Kofler ne contredit pas formellement cette analyse, mais son film se concentre sur l’histoire d’une famille dont la vie est progressivement bouleversée par les événements politiques.

Paul finit par accepter de rester à la ferme pour aider sa belle-sœur Anna. Malgré les difficultés, ils parviennent à maintenir l’exploitation pendant un certain temps. Mais l’hostilité ambiante finit par avoir raison d’Anna, qui voit ses espoirs brisés. En tant qu’institutrice dans une école de village, elle avait une vision claire : le bilinguisme comme moyen d’ouverture et d’opportunités pour les enfants. Elle se retrouve prise entre tous les feux, tandis que son mari, caché, s’enfonce dans un engrenage terroriste rural et religieux. Une dynamique qui, selon le réalisateur, prend des allures folkloriques, mais qui rend vains tous les efforts de la famille pour rompre le cycle de la violence.

Michael Kofler décrit le Tyrol du Sud actuel comme une région apaisée. Il conclut : « Le recours à la violence engendre toujours sa propre dynamique. Et cela conduit toujours à des déformations qui peuvent se faire sentir pendant des générations. » Le danger est-il définitivement écarté ? « Malheureusement, il existe toujours un risque, mais le développement du Tyrol du Sud est la preuve que le dialogue et les efforts diplomatiques permettent de sortir de la spirale de la violence. »

L’acceptation de la langue de « l’autre » est aujourd’hui un pilier de la coexistence pacifique au Tyrol du Sud. Une lutte qui s’est avérée particulièrement douloureuse pour Anna dans le film. Aujourd’hui, les cours à l’Université de Bolzano sont dispensés en allemand, en italien et, bien sûr, en anglais.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.