Publié le 4 décembre 2025 à 22h53. La chanteuse japonaise Ayumi Hamasaki a donné un concert devant 14 000 sièges vides à Shanghai après une annulation soudaine, suscitant une vive réaction en Chine et à l’étranger et alimentant les tensions entre Pékin et Tokyo.
- Ayumi Hamasaki a maintenu un concert devant un public inexistant après l’annulation de sa représentation à Shanghai par les autorités chinoises.
- L’incident a provoqué un débat en ligne sur le pouvoir du Parti communiste chinois (PCC) et le respect des artistes.
- L’affaire intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine et le Japon, notamment concernant Taïwan.
Un événement pour le moins inhabituel s’est produit le 29 novembre à Shanghai. La célèbre chanteuse pop japonaise Ayumi Hamasaki a donné un concert devant 14 000 chaises vides au centre sportif oriental de la Shanghai Pudong Development Bank. Cette performance singulière fait suite à une annulation de dernière minute de son spectacle par les organisateurs, une décision qui a rapidement été attribuée à des pressions politiques.
Hamasaki a partagé son expérience sur les réseaux sociaux, expliquant qu’elle et son équipe avaient décidé de jouer l’intégralité du concert, rappel inclus, malgré l’absence de public.
« Après avoir reçu la demande (de l’organisateur) d’annuler (la représentation) hier, nous avons joué de la première chanson au rappel sans public avant de quitter la salle. Tous les artistes et le personnel ont terminé le spectacle dans la même ambiance qu’un spectacle formel et ont donné le meilleur d’eux-mêmes. »
Ayumi Hamasaki, chanteuse
Elle a publié neuf photos sur Instagram montrant un spectacle visuellement impressionnant, avec des jeux de lumière élaborés et des décorations florales.
La chanteuse a exprimé sa gratitude envers son public et son équipe, soulignant l’importance de ce concert pour elle.
« Même si j’ai fait face à 14 000 sièges vides, j’ai ressenti l’amour profond du public du monde entier. C’est l’un des spectacles les plus inoubliables pour moi. »
Ayumi Hamasaki, chanteuse
Avant de quitter Shanghai, elle a partagé une photo en noir et blanc avec la légende : « Ce que nous avons promis sera tenu jusqu’au bout », annonçant également la production d’un documentaire sur cet événement unique, destiné à être offert gratuitement aux détenteurs de billets.
L’annulation du concert et la réaction d’Hamasaki ont déclenché une vague de commentaires en ligne, tant en Chine qu’à l’étranger. De nombreux internautes ont dénoncé l’intervention du PCC, la qualifiant d’arbitraire et de démonstration de force. Certains ont même salué l’attitude d’Hamasaki comme un acte de résistance.
« Qu’est-ce que la force majeure ? Tout dépend du pouvoir. Le pouvoir illimité du parti-État en Chine est la force majeure. »
Internaute
D’autres ont exprimé leur admiration pour le professionnalisme et le respect de l’artiste.
« Je ne savais pas qui était Ayumi Hamasaki avant. Maintenant, elle est devenue mon idole, pas à cause de ses chansons, pas à cause de la force de ses talents de chanteuse, pas à cause de sa douceur, mais parce qu’elle gifle l’absurdité avec élégance. »
Internaute
L’incident survient dans un contexte de tensions diplomatiques entre la Chine et le Japon. Le 7 novembre, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi avait déclaré que, dans le cas d’une guerre dans le détroit de Taïwan, le Japon pourrait être confronté à une « crise existentielle » et envisager l’exercice du droit de légitime défense collective. Le PCC a interprété ces déclarations comme une menace potentielle et a lancé une nouvelle campagne anti-japonaise.
Certains observateurs estiment que l’annulation du concert d’Hamasaki s’inscrit dans cette campagne et constitue une tentative d’intimidation envers les artistes japonais. Cependant, cette stratégie semble avoir eu l’effet inverse, renforçant l’image d’Hamasaki et suscitant un large soutien à sa cause. Le maire de Kaohsiung à Taïwan, Chen Chi-mai, et le maire de Taipei, Chiang Wanan, ont même invité la chanteuse à se produire sur l’île.
Le 1er décembre, le média d’État chinois « The Paper » a tenté de minimiser l’incident en publiant un article affirmant que le « concert d’une personne » était en réalité une répétition filmée en secret. Cependant, cette réfutation a été largement accueillie avec scepticisme par les internautes, qui l’ont qualifiée de tentative de manipulation de l’opinion publique. Yuki Takano, une esthéticienne qui travaille avec Hamasaki, a témoigné avoir assisté à l’intégralité du concert.
L’affaire soulève des questions sur la liberté d’expression et le respect des artistes en Chine, ainsi que sur les conséquences de l’ingérence politique dans les événements culturels. Elle met également en lumière les tensions croissantes entre la Chine et le Japon, et les risques d’une escalade du conflit dans le détroit de Taïwan.