L’administration américaine, incapable de faire taire les critiques en recourant à la dérision ou à la censure, a lancé une offensive directe contre les journalistes qu’elle juge trop sévères. Une plateforme en ligne, baptisée « Hall of Shame des contrevenants », a été mise en place par la Maison Blanche pour dénoncer les « fausses et trompeuses » informations.
Cette initiative, révélée la semaine dernière, prend la forme d’une base de données consultable par publication et par journaliste. Les articles sont signalés pour des motifs tels que « fausse déclaration » ou « partialité de gauche ». Mardi, une « ligne d’alerte » a été ajoutée, invitant le public à signaler les médias considérés comme déformant la vérité sur l’administration Trump.
À vendredi après-midi, 39 « signalements » avaient été enregistrés. Parmi eux, un article du New York Times portant sur la santé et l’endurance de Donald Trump, âgé de 79 ans, qualifié de « partial » et de « faute professionnelle ». Plusieurs reportages concernant les récentes déclarations du président, suggérant que les démocrates devraient être exécutés pour avoir diffusé une vidéo encourageant le personnel militaire à désobéir aux ordres illégaux, ont également été visés. La Maison Blanche a affirmé que le président avait simplement « appelé à ce qu’ils rendent des comptes » pour « incitation à la sédition ».
Le Washington Post a été désigné « contrevenant médiatique de la semaine » jeudi, suite à un article relatant une seconde frappe américaine, en septembre, contre un navire suspecté de trafic de drogue. Cette frappe avait entraîné la mort de deux hommes ayant survécu à une première attaque, un incident potentiellement constitutif d’un crime de guerre qui avait suscité des inquiétudes, même au sein du camp républicain, et exercé une pression accrue sur le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.
Selon la Maison Blanche, le Washington Post aurait publié un « mensonge sans fondement » dans le but de saper les opérations antiterroristes. Cependant, pour de nombreux professionnels des médias, cette initiative est une tentative manifeste d’intimidation.
« Il s’agit d’un ciblage injustifié et intentionnel des journalistes par des représentants du gouvernement pour avoir exercé un droit protégé par la Constitution », a déclaré Matt Murray, rédacteur en chef du Washington Post, dans un communiqué publié jeudi soir. « Le Washington Post ne se laissera pas intimider et continuera à rendre compte avec rigueur et précision au service de l’ensemble des Américains. »
Un éditeur dont la publication figure dans la base de données des « contrevenants médiatiques » de la Maison Blanche a témoigné que son journaliste avait été submergé par « des jours et des jours et des jours de courriels » après avoir été mentionné sur le site. Ces messages contenaient, selon lui, une « merde dégoûtante et haineuse ».
La campagne, illustrée par une vidéo clinquante rappelant les statistiques de fin d’année proposées par Spotify, vise clairement à discréditer les médias et à décourager les reportages critiques.
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