Home MondeLa Thaïlande frappe le Cambodge, tuant des soldats et des civils

La Thaïlande frappe le Cambodge, tuant des soldats et des civils

by Clara Dubois

Publié le 8 décembre 2023 16:45. Des frappes aériennes thaïlandaises ont visé des positions cambodgiennes le long de la frontière contestée, relançant un conflit latent qui a déjà causé des victimes civiles et provoqué l’évacuation de milliers de personnes. Les deux pays s’accusent mutuellement d’avoir rompu un cessez-le-feu fragile.

  • Au moins quatre civils cambodgiens ont été tués et une dizaine d’autres blessés dans les bombardements thaïlandais.
  • L’armée thaïlandaise affirme avoir riposté en légitime défense après des attaques cambodgiennes, et signale un soldat tué et 18 blessés dans ses rangs.
  • Environ 35 000 Thaïlandais ont été évacués des zones frontalières, tandis que du côté cambodgien, plus de 1 157 familles ont été mises à l’abri.

La reprise des hostilités intervient après une période de tensions croissantes, notamment la suspension par la Thaïlande, le mois dernier, d’un accord de suivi des hostilités initialement soutenu par l’ancien président américain Donald Trump. Bangkok justifiait cette décision par l’explosion d’une mine terrestre qui avait blessé des soldats thaïlandais.

Les affrontements se concentrent autour de la région de Preah Vihear et Oddar Meanchey, où les deux pays revendiquent la souveraineté sur un territoire disputé et plusieurs temples anciens. Ce différend frontalier, enraciné dans des désaccords sur les cartes établies à l’époque coloniale française, a déjà été le théâtre de combats sanglants, notamment cinq jours de violences cet été qui avaient fait 43 morts et déplacé près de 300 000 personnes.

Des témoins décrivent une situation chaotique. Pannarat Woratham, une agricultrice thaïlandaise, a dû fuir son domicile pour la deuxième fois depuis juillet, se réfugiant dans un temple avec d’autres personnes déplacées.

« Bien sûr, beaucoup d’entre nous pensaient que le conflit était enfin terminé. Cela n’aurait pas dû se reproduire ainsi. »

Pannarat Woratham, agricultrice thaïlandaise

Du côté cambodgien, Hul Malis a raconté l’arrivée de chars thaïlandais dans le village frontalier de Prey Chan, peu après son propre départ précipité.

« J’ai tellement peur et je m’enfuis vers la capitale provinciale. »

Hul Malis, habitante cambodgienne

Les autorités cambodgiennes accusent l’armée thaïlandaise d’avoir attaqué des troupes à Preah Vihear et Oddar Meanchey, et d’avoir même utilisé des chars et des avions F-16. Maly Socheata, porte-parole du ministère cambodgien de la Défense, a affirmé que les attaques thaïlandaises se sont étendues le long de toute la frontière et que les forces cambodgiennes n’ont pas riposté. L’armée thaïlandaise, pour sa part, accuse les forces cambodgiennes d’avoir tiré des roquettes BM-21 (213 mm) sur des zones civiles dans la province de Buriram, sans faire de victimes.

La situation a suscité des appels à la désescalade de la part de la communauté internationale. Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a exhorté les deux parties à cesser les combats et à privilégier la voie diplomatique. Cependant, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a adopté une position ferme, déclarant que personne ne devrait dicter à son pays comment agir.

« Si vous voulez que les choses s’arrêtent, dites à l’agresseur d’arrêter. »

Anutin Charnvirakul, Premier ministre thaïlandais

Les États-Unis, la Chine et la Malaisie, en tant que président de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), avaient joué un rôle clé dans la négociation d’un cessez-le-feu en juillet. En octobre, Donald Trump avait cosigné une déclaration commune vantant de nouveaux accords commerciaux avec la Thaïlande et le Cambodge après la prolongation du cessez-le-feu.

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