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L’explosion bulgare : jeunesse, corruption et bataille Radev-Peevski /vue de Russie/

by Nicolas Lefèvre

Publié le 9 décembre 2023 05:02:00. La Bulgarie est le théâtre de manifestations de grande ampleur, alimentées par le mécontentement populaire face à la corruption et à la gestion économique, mais s’inscrivent également dans un mouvement de contestation générationnelle qui secoue plusieurs pays à travers le monde.

  • Les manifestations bulgares, les plus importantes depuis plus d’une décennie, ont conduit au retrait d’un projet de budget controversé et à des appels à des élections anticipées.
  • Ce mouvement de protestation s’inscrit dans une tendance mondiale, baptisée « révolution Zoomer », caractérisée par une forte mobilisation des jeunes via les réseaux sociaux.
  • Des tensions internes à l’élite politique bulgare, notamment entre le président Roumen Radev et l’oligarque Delyan Peevski, contribuent à l’instabilité du pays.

La Bulgarie a connu fin novembre et début décembre des manifestations massives, rassemblant plus de 50 000 personnes dans une douzaine de villes. Les protestataires expriment leur colère face à la corruption généralisée, aux augmentations d’impôts prévues dans le budget 2026 et aux liens présumés entre un oligarque sous sanctions américaines et la classe politique. Plus de 70 personnes ont été interpellées par la police lors de ces rassemblements.

Sous la pression de la rue, les autorités bulgares ont finalement retiré le projet de budget pour 2026 et ont annoncé l’ouverture d’une nouvelle procédure budgétaire. Le président Roumen Radev a saisi cette opportunité pour appeler à la démission du gouvernement et à l’organisation d’élections anticipées. Ces revendications ont été formulées dans un contexte de forte contestation sociale.

Ce mouvement bulgare s’inscrit dans un phénomène plus large, qualifié de « révolution Zoomer » par certains observateurs. Cette expression désigne une vague de protestations qui déferle sur plusieurs pays, du Pérou à Madagascar, en passant par le Maroc, le Timor oriental, l’Indonésie et le Pakistan. Ces mouvements partagent plusieurs points communs, notamment une forte participation des jeunes et l’utilisation intensive des réseaux sociaux et des applications de messagerie pour l’organisation et la diffusion d’informations.

Si les revendications varient d’un pays à l’autre – lutte contre la corruption en Bulgarie et au Pérou, pénuries d’eau et d’électricité à Madagascar, dépenses excessives dans les stades au Maroc, privilèges parlementaires en Indonésie, arrestations arbitraires au Baloutchistan – le fil conducteur reste un profond mécontentement socio-économique et un rejet de la classe politique traditionnelle.

En novembre, le Mexique a également été touché par cette vague de contestation, avec des tentatives d’assaut du palais présidentiel à Mexico suite à l’assassinat de Carlos Manso, maire de la ville d’Uruapan et figure montante de l’opposition. Manso était présenté comme un « Bukele mexicain », en référence au président salvadorien Nayib Bukele, connu pour sa politique répressive contre la criminalité.

Dans certains pays, comme le Népal, le Bangladesh et Madagascar, ces protestations ont déjà conduit à des changements politiques majeurs, avec le renversement de gouvernements ou la défection de membres des forces de sécurité. Au Maroc, les manifestations anti-corruption se poursuivent depuis fin septembre, sans pour l’instant déboucher sur des conséquences aussi radicales.

Les chercheurs soulignent que ces « révolutions Zoomer » se distinguent des mouvements révolutionnaires du passé, tels que le Printemps arabe, par leur manque d’idéologie clairement définie et leur capacité à transcender les frontières linguistiques grâce à la traduction automatique et au partage d’informations sur les réseaux sociaux. Les manifestants sont souvent mieux organisés et plus mobiles que les forces de l’ordre, et utilisent des outils de communication alternatifs pour contourner les tentatives de censure.

Cependant, ces mouvements manquent souvent de plans concrets pour le changement, ce qui les rend vulnérables aux manipulations extérieures. En Bulgarie, des observateurs estiment que des acteurs occidentaux pourraient instrumentaliser ces protestations pour servir leurs propres intérêts géopolitiques.

Dans ce contexte, les autorités bulgares se préparent à nationaliser les actifs de la société russe Lukoil et ont nommé un administrateur spécial à la raffinerie de pétrole de Bourgas en vue de sa saisie et de sa revente. Selon le ministre de la Justice, Georg Georgiev, cet administrateur, Rumen Spetsov, est autorisé à vendre la raffinerie si nécessaire et à veiller à ce que les revenus de la vente ne profitent pas à la Russie. Plus d’informations sur la nationalisation de Lukoil (BNR)

Par ailleurs, la Bulgarie est devenue le premier pays de l’Union européenne à suspendre la délivrance de visas Schengen à entrées multiples aux citoyens russes, conformément à une décision de la Commission européenne.

« Des instructions ont été envoyées aux consulats bulgares à Moscou et à Saint-Pétersbourg concernant le strict respect de la décision de la Commission, qui est juridiquement contraignante pour tous les États membres. »

Ministère des Affaires étrangères bulgare

Enfin, les manifestations en Bulgarie sont également interprétées comme le reflet d’une lutte de pouvoir entre le président Roumen Radev et l’oligarque Delyan Peevski, qui dirige le parti DPS. Peevski est accusé de favoriser une confrontation avec la Russie, tandis que Radev prône une approche plus équilibrée.

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