L’histoire d’un homme de l’ombre de l’armée zaïroise, André-Bruno Tshikeva, resurgit aujourd’hui à travers le témoignage poignant de son petit-fils. Figure influente sous le régime de Mobutu Sese Seko, il fut victime d’une trahison orchestrée par le même homme qu’il avait contribué à placer au pouvoir.
André-Bruno Tshikeva était un militaire de haut rang dans l’armée zaïroise des années 1950, alors que le pays était encore sous domination belge. Son petit-fils, Jeamie, souligne l’importance historique de son grand-père : « On étudie mon grand-père en France et en Belgique. » Selon la famille, André-Bruno fut envoyé en Belgique où il servit de garde du corps au roi Baudouin. Après l’indépendance du Zaïre en 1960, il retourna au pays en tant que lieutenant respecté.
Cinq ans plus tard, en 1965, il joua un rôle dans le coup d’État militaire qui permit à Mobutu Sese Seko de prendre le contrôle du pays. Cependant, la popularité était une denrée dangereuse sous le régime de Mobutu. En 1966, lors de ce qui deviendra connu sous le nom de « Complot de la Pentecôte », Mobutu ordonna l’exécution publique de quatre anciens ministres, accusés de conspiration.
Mobutu finit par considérer André-Bruno comme une menace pour sa position, et leur loyauté se brisa. Il fut muté à Kolwezi, une ville isolée mais stratégique. Le fils d’André-Bruno, Makasi, explique ce qui se passa ensuite : « Mon père ignorait tout, mais Mobutu avait tout organisé pour le faire tuer. » Peu après son arrivée, une force rebelle envahit la région. « Il a tué certains de ces rebelles, a pris son Jeep et s’est enfui », raconte Makasi. « Il ne comprenait pas pourquoi son propre peuple se battait contre lui. »
De retour à Kinshasa, André-Bruno fut accusé d’avoir favorisé la violence et d’avoir tué des innocents. Il fut arrêté, condamné et emprisonné. Les tentatives sur sa vie se poursuivirent, et la méthode évolua vers l’empoisonnement. On prétend même que l’une de ses dix épouses aurait été payée pour lui administrer des toxines.
Après six ans de détention, André-Bruno fut libéré en 1973 pour raisons humanitaires, suite au décès de l’une de ses épouses, mais les dégâts étaient irréversibles. « On sentait les toxines à chaque fois qu’il allait aux toilettes », se souvient Makasi. « Après deux ans, avec tout le poison dans son corps, mon père est mort. »