Les voyageurs se rendant aux États-Unis pourraient bientôt devoir fournir des informations détaillées sur leurs activités en ligne, y compris cinq ans d’historique sur les réseaux sociaux. Cette mesure, envisagée par les douanes et la protection des frontières américaines (CBP), suscite des inquiétudes quant à la protection de la vie privée et aux libertés civiles.
Selon une proposition publiée au Journal fédéral, les visiteurs provenant de pays bénéficiant du programme d’exemption de visa (qui incluent l’Australie, le Chili, la France, l’Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni, entre autres) devront soumettre ces données personnelles dans le cadre de leur demande d’autorisation de voyage électronique (ESTA). Le programme permet aux citoyens de ces pays de séjourner aux États-Unis pour des visites touristiques ou professionnelles de moins de 90 jours sans visa.
Au-delà de l’historique des réseaux sociaux, le CBP envisage de collecter d’autres informations sensibles, telles que les numéros de téléphone personnels et professionnels des cinq dernières années, les adresses e-mail des dix dernières années, les adresses IP, les métadonnées des photos, et même des données biométriques comme des analyses faciales et des empreintes digitales. Les noms, dates de naissance, lieux de naissance et résidences des membres de la famille seraient également requis.
Sophia Cope, avocate principale de l’Electronic Frontier Foundation, un groupe de défense des droits numériques, a déclaré au New York Times que cette proposition « exacerberait les atteintes aux libertés civiles ». Elle a ajouté que ce type de politique n’a pas prouvé son efficacité pour identifier les terroristes, tout en « refroidissant la liberté d’expression et en envahissant la vie privée des voyageurs innocents, ainsi que celle de leur famille, amis et collègues américains ».
Le CBP justifie cette initiative par un décret du président Donald Trump datant de janvier 2025, visant à « protéger les États-Unis contre les terroristes étrangers et autres menaces à la sécurité nationale et à la sécurité publique ». La proposition actuelle vise à ajouter les médias sociaux comme un « élément de données obligatoire » à la demande ESTA, qui coûte actuellement 40 $ (environ 37 €) et nécessite déjà la soumission d’une adresse e-mail, d’une adresse personnelle et d’un numéro de téléphone.
Cette annonce intervient après que le Département d’État a demandé à son personnel, la semaine dernière, de rejeter les demandes de visa des personnes travaillant dans la vérification des faits ou la modération de contenu, considérées comme de la « censure » du discours américain, selon Radio Nationale Publique. De plus, les demandeurs de visa H-1B et leurs familles devront rendre leurs profils sur les réseaux sociaux publics pour examen.
Ces mesures confèrent au gouvernement américain un pouvoir considérable pour déterminer quel discours en ligne est acceptable, en accord avec la vision du président Trump d’une culture républicaine constitutionnelle. Elles pourraient également permettre de refuser l’entrée à des personnes soutenant des groupes jugés dangereux par l’administration, comme des militants étudiants pro-palestiniens.
Le CBP a ouvert une période de commentaires publics de 60 jours concernant cette proposition.
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