Publié le 11 décembre 2025 à 08h27. Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix, est arrivée à Oslo après avoir quitté secrètement le Venezuela, bravant une interdiction de voyager, pour rejoindre ses enfants et saluer ses partisans.
- Maria Corina Machado a secrètement quitté le Venezuela en bateau et en avion privé pour recevoir son prix Nobel à Oslo.
- Elle a rencontré ses enfants, vivant en exil, pour la première fois depuis plus de deux ans.
- Sa fille a accepté le prix en son nom lors d’une cérémonie où l’on a souligné l’importance de la lutte pour la liberté.
Oslo a été le théâtre d’une scène émouvante ce matin, alors que Maria Corina Machado, la figure de proue de l’opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, a fait son apparition devant l’hôtel où elle séjourne. Après avoir échappé à une interdiction de voyager imposée par les autorités vénézuéliennes, elle a escaladé les barrières pour serrer dans ses bras les nombreux sympathisants venus l’acclamer. Son arrivée intervient quelques heures après la cérémonie officielle de remise du prix, où sa fille, Ana Corina Sosa Machado, avait accepté l’honneur en son nom.
L’ingénieure de 58 ans a quitté le Venezuela mardi par voie maritime, se rendant d’abord sur l’île de Curaçao avant de prendre un vol privé pour la Norvège, selon une source proche de son équipe. Cette évasion, orchestrée par ses services de sécurité, témoigne des risques qu’elle encoure dans son pays d’origine. La Maison Blanche n’a pas immédiatement commenté ce voyage, rapporté initialement par le Wall Street Journal.
Visiblement émue, Mme Machado a exprimé sa joie de retrouver ses enfants, exilés depuis environ deux ans.
« Depuis plus de 16 mois, je n’ai pu serrer ou toucher personne »,
Maria Corina Machado
a-t-elle confié à la BBC.
« En quelques heures, j’ai pu voir les gens que j’aime le plus, les toucher, pleurer et prier ensemble. »
Maria Corina Machado
Devant le Grand Hôtel d’Oslo, lieu traditionnel de séjour des lauréats du prix Nobel, Mme Machado a salué une foule enthousiaste, agitant des drapeaux vénézuéliens et chantant l’hymne national. Elle a ensuite descendu dans la rue, bravant les barrières pour échanger avec ses partisans, venus lui témoigner leur soutien malgré le froid.
Pour Diana Luna, une Germano-Mexicaine présente dans la foule, la présence de Mme Machado est un symbole fort.
« Après tous ces mois où elle s’est cachée et où sa vie a été en danger, je pense que la voir avec toute la diaspora vénézuélienne est un plaisir et une assurance qu’elle est en sécurité, et c’est aussi une façon pour la cause vénézuélienne de rester en vie et une façon de mettre davantage de pression sur le régime. »
Diana Luna
Lors de la cérémonie, le président du Comité Nobel norvégien, Joergen Watne Frydnes, a souligné l’importance de la lutte pour la liberté, évoquant les exemples de Nelson Mandela et Lech Walesa. Il a également reconnu les dilemmes auxquels sont confrontés les défenseurs de la démocratie.
« C’est irréaliste. C’est injuste. Aucune démocratie ne fonctionne dans des circonstances idéales. Les dirigeants militants doivent affronter et résoudre des dilemmes que nous, spectateurs, sommes libres d’ignorer. Les personnes vivant sous la dictature doivent souvent choisir entre le difficile et l’impossible. »
Joergen Watne Frydnes
Dans le discours prononcé par sa fille, Mme Machado a rappelé que la liberté est un choix quotidien.
« La liberté est un choix qui doit être renouvelé chaque jour, mesuré par notre volonté et notre courage de la défendre. C’est pourquoi la cause du Venezuela transcende nos frontières. Un peuple qui choisit la liberté contribue non seulement à lui-même, mais aussi à l’humanité. »
Maria Corina Machado (par l’intermédiaire de sa fille)
Mme Machado a également évoqué les erreurs du passé, soulignant que les Vénézuéliens n’avaient pas réalisé à temps la fragilité de leurs institutions. Elle a fait référence à l’élection de Hugo Chavez en 1999, estimant que son charisme a masqué les dangers pour l’État de droit. Elle accuse ensuite le régime actuel de démantèlement progressif de la démocratie vénézuélienne.
Le président Nicolas Maduro, au pouvoir depuis 2013, dénonce quant à lui des tentatives de déstabilisation orchestrées par les États-Unis, notamment en raison des vastes réserves pétrolières du Venezuela. Il affirme que le peuple et l’armée vénézuéliens résisteront à toute ingérence.
De manière surprenante, Mme Machado a dédié une partie de son prix Nobel à l’ancien président américain Donald Trump, qui avait lui-même affirmé mériter cet honneur. Elle partage également le point de vue de certains faucons proches de M. Trump, qui accusent M. Maduro d’être lié à des gangs criminels menaçant la sécurité nationale américaine, malgré les réserves exprimées par les services de renseignement américains. L’administration Trump avait ordonné plus de 20 frappes militaires contre des navires soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes et au large de l’Amérique latine, des opérations condamnées par des organisations de défense des droits de l’homme et certains pays de la région.
Malgré les risques, Mme Machado a affirmé son intention de retourner au Venezuela.
« Bien sûr que j’y retourne »,
Maria Corina Machado
a-t-elle déclaré à la BBC.