Belfast, 11 décembre 2025. La famille de Patrick Rooney, un enfant de neuf ans tué par des tirs de la police en 1969 à Belfast, recevra une indemnisation importante après plus de cinquante ans de lutte pour la vérité et la justice. Le Service de police d’Irlande du Nord (PSNI) a présenté des excuses publiques pour la mort tragique de l’enfant et les souffrances endurées par sa famille.
- Une indemnisation financière significative a été convenue avec le PSNI, bien que le montant exact reste confidentiel.
- Des excuses formelles ont été présentées à la famille Rooney pour la mort de Patrick et le manque d’enquête adéquate qui a suivi.
- L’affaire met en lumière l’utilisation controversée de mitrailleuses montées sur des véhicules blindés par la Royal Ulster Constabulary (RUC) pendant les troubles en Irlande du Nord.
L’accord intervient après une action en justice intentée par Alice Rooney, la mère de Patrick, âgée de 88 ans, contre le PSNI. Elle reprochait à la police non seulement les tirs qui ont coûté la vie à son fils, mais aussi le manque de diligence dans l’enquête et l’absence de sanctions contre les responsables. Mme Rooney, trop fragile pour assister à l’audience, a été représentée par son avocat, Patrick Lyttle KC.
Le 9 août 1969, Patrick Rooney se trouvait avec ses cinq frères et sœurs et ses parents dans une chambre de leur maison, située dans le quartier de Divis Flats, à l’ouest de Belfast, pour se protéger des affrontements entre les forces de l’ordre et les habitants. Selon les témoignages, jusqu’à 200 balles de mitrailleuse ont été tirées par des policiers de la RUC depuis des véhicules blindés Shorland, touchant plusieurs habitations. Patrick a été mortellement blessé par une balle à la tête devant ses proches.
Les premiers secours ont été rendus difficiles par le chaos ambiant. Le père de Patrick, Neilly Rooney, et d’autres riverains ont dû transporter l’enfant eux-mêmes jusqu’à une ambulance, faute de pouvoir obtenir une assistance médicale immédiate sur place.
L’enquête initiale a été jugée insuffisante par la famille, qui a toujours estimé que les circonstances de la mort de Patrick n’avaient pas été correctement élucidées. En 2021, un rapport du médiateur de la police a confirmé d’importants manquements opérationnels et d’enquête dans l’affaire, ainsi que dans trois autres décès survenus à Belfast à la même époque. Le rapport critiquait notamment l’utilisation de mitrailleuses Browning montées sur des véhicules de la RUC, jugées disproportionnées et dangereuses dans le contexte des troubles civils.
Malgré ces conclusions, aucun ancien policier n’a été poursuivi en justice, faute de preuves suffisantes pour identifier le véhicule d’où le tir fatal a été déclenché.
Lors de l’audience, l’avocat de Mme Rooney a souligné la tragédie de cette affaire :
« Il s’agit d’une affaire tragique découlant du décès de Patrick Rooney à l’âge de neuf ans. Il a été touché par une balle tirée par une mitrailleuse Browning lourde montée sur un véhicule (Shorland), abattue dans sa propre maison. »
Patrick Lyttle KC, avocat de la famille Rooney
Le PSNI a exprimé ses sincères condoléances à la famille Rooney et a reconnu le mal et les souffrances causés par la mort de Patrick.
« Le PSNI reconnaît le mal et les souffrances causés à la famille et souhaite sincèrement s’excuser pour la perte qu’elle a endurée. »
Représentant du Service de police d’Irlande du Nord
Le juge Kevin Rooney a insisté sur la nécessité d’une résolution rapide de l’affaire, soulignant le traumatisme indicible que cet événement a infligé à la famille.
« Le traumatisme que cela a dû provoquer (pour la famille) est tout simplement inimaginable. Sa mère est toujours en vie et souhaite clairement une résolution complète de ce qui s’est passé dans les circonstances les plus tragiques le plus rapidement possible. »
Juge Kevin Rooney
En dehors du tribunal, le frère de Patrick, Con Rooney, a décrit l’issue de l’affaire comme une victoire « douce-amère ».
« Il n’a jamais été question d’argent, on ne peut pas mettre un prix à la vie, mais la police doit s’excuser pour quelque chose. »
Con Rooney, frère de Patrick
Il a rappelé le vœu de son père, décédé en 2013, de ne jamais abandonner la recherche de la vérité et de la justice pour son fils.
Katie McAllister, avocate de la famille Rooney, a souligné qu’il avait fallu 56 ans pour qu’un chef de la police présente des excuses pour cette mort illégale.
« Cela s’est produit dans les circonstances les plus violentes, aveugles et en fait évitables. Patrick a été tué dans sa propre chambre, l’endroit même où il aurait dû être le plus à l’abri du danger. »
Katie McAllister, avocate de la famille Rooney
L’indemnisation financière, dont le montant n’a pas été divulgué, doit encore être approuvée par le Conseil de police, le ministère de la Justice et le ministère des Finances d’Irlande du Nord.
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