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La Chambre d’approvisionnement bavaroise est menacée de pertes importantes

by Amélie Bernard

Publié le 11 décembre 2025 à 20h06. La Chambre bavaroise d’approvisionnement (BVK), l’un des plus importants fonds de pension publics d’Allemagne, fait face à des pertes potentielles considérables liées à des investissements immobiliers aux États-Unis, suscitant des inquiétudes et des critiques quant à sa gestion et sa communication.

  • Les corrections de valeur de 163 millions d’euros opérées en 2024 ne suffiront probablement pas à couvrir l’ampleur des pertes liées aux investissements immobiliers américains.
  • Des investissements critiques, s’élevant à 1,6 milliard d’euros, ont été réalisés via la société d’investissement Deutsche Finance et concernent des propriétés liées au promoteur américain Michael Shvo, condamné pour fraude fiscale en 2018.
  • Des poursuites judiciaires ont été engagées aux États-Unis, accusant la BVK et Deutsche Finance d’avoir aidé Michael Shvo dans sa fraude, tandis que des violations de conformité ont déjà entraîné des conséquences pour le personnel de la BVK.

L’ampleur exacte des pertes de la Chambre bavaroise d’approvisionnement (BVK) dans le secteur immobilier américain reste incertaine. Cependant, il est désormais clair que les ajustements de valeur de 163 millions d’euros enregistrés pour l’exercice 2024 ne seront pas suffisants pour absorber l’ensemble des dépréciations. Un porte-parole de la BVK a confirmé qu’« de nouvelles adaptations de valeur au niveau du fonds cible ne peuvent pas être exclues à ce stade ».

Avec 117 milliards d’euros d’actifs gérés et 2,7 millions d’assurés, la BVK est un acteur majeur de la prévoyance en Allemagne. Bien qu’elle relève de la supervision du ministère bavarois de l’Intérieur en matière de conformité légale et réglementaire, la BVK jouit d’une indépendance significative dans ses décisions d’investissement.

L’affaire a déjà atteint le Parlement du Land de Bavière, où elle fait l’objet de discussions confidentielles. Selon des informations rapportées par l’« Abendzeitung », les pertes potentielles pourraient atteindre 700 millions d’euros. Au cœur des préoccupations se trouvent des investissements immobiliers réalisés en partenariat avec le promoteur américain Michael Shvo, reconnu coupable de fraude fiscale en 2018. La BVK a investi dans des biens situés dans des villes prisées telles que Miami et New York, via la société d’investissement munichoise Deutsche Finance.

La BVK se défend en affirmant qu’elle n’entretenait aucune relation contractuelle directe avec M. Shvo. « La Chambre bavaroise d’approvisionnement n’a pas de relation contractuelle directe avec M. Shvo », a déclaré son porte-parole, soulignant que les investissements ont été réalisés indirectement et dans le respect des réglementations en vigueur.

Néanmoins, des irrégularités en matière de conformité ont déjà conduit à des sanctions internes. Axel Uttenreuther, le directeur de la BVK, a évoqué dans une interview au « Welt » une « relation de proximité inappropriée », laissant entendre que ces irrégularités sont liées aux contacts avec M. Shvo. Deux cadres du secteur de l’investissement immobilier ont été mis à pied, dans le cadre d’une enquête interne menée par un cabinet d’avocats. La présomption d’innocence s’applique.

Selon la BVK, les violations de conformité ont été découvertes lors d’une enquête interne. Le parquet de Munich a été informé de manière proactive afin d’évaluer les implications pénales potentielles. La BVK assure qu’elle réagit « immédiatement et de manière décisive » en cas de non-conformité.

L’affaire prend une tournure judiciaire aux États-Unis, où des acheteurs et des locataires ont intenté une action en justice en invoquant le « Rico Act », une loi fédérale visant à lutter contre le crime organisé. La BVK et Deutsche Finance sont accusées d’avoir facilité la fraude de M. Shvo.

Le porte-parole de la BVK reste discret sur les aspects juridiques de l’affaire, invoquant la confidentialité et les droits personnels. Il assure toutefois que la BVK « continue de travailler consciencieusement sur les questions concernées » et s’engage à mener une « révision globale ».

La communication de la BVK sur les pertes immobilières a été critiquée pour son manque de transparence. Les estimations des pertes ont été révisées à la hausse à plusieurs reprises, passant de 600 millions d’euros à 800 millions d’euros, puis à 1,6 milliard d’euros, sans que la BVK ne contredise ces chiffres. Bien que la BVK puisse absorber des pertes de 700 millions d’euros compte tenu de ses actifs totaux (117 milliards d’euros) et de son résultat net sur placements (3,6 milliards d’euros pour le dernier exercice, soit un taux d’intérêt net moyen de 3,4 %), ces pertes suscitent l’inquiétude des assurés.

Peter Mattil, un avocat munichois spécialisé en droit bancaire et en droit des marchés des capitaux, et assuré auprès de la BVK, exprime son mécontentement :

« Les manœuvres dilatoires et les manœuvres d’évitement sont insupportables. Ils se comportent comme si cela ne me regardait pas et comme si les quelques centaines de millions n’étaient que des cacahuètes. »

Peter Mattil, avocat Il envisage d’intenter une action en justice pour obtenir des informations et, si nécessaire, des dommages et intérêts.

Tim Pargent, porte-parole des Verts en matière de politique financière au Parlement bavarois, dénonce une « tactique du salami » et estime que la BVK a agi de manière irresponsable en collaborant avec un partenaire condamné pour fraude fiscale. Il critique également le manque de transparence du gouvernement bavarois et l’absence de contrôle rigoureux de la part du ministère de l’Intérieur :

« Ce qui s’est passé chez BVK n’a plus rien à voir avec une stratégie d’investissement diversifiée. Faire affaire avec un partenaire reconnu coupable de fraude fiscale aux États-Unis est irresponsable. Le Parlement et les ayants droit aux retraites ne reçoivent que des informations fragmentaires. Cette tactique du salami est inacceptable. »

Tim Pargent, porte-parole des Verts

La BVK tente de rassurer ses assurés en affirmant que leur prévoyance vieillesse est « sûre ». Elle souligne que les pertes subies dans les différents fonds immobiliers n’affecteront pas les engagements de prévoyance envers les membres, les assurés et les bénéficiaires, grâce à la diversification de son portefeuille d’investissements.

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