Les taux d’intérêt à long terme dans la zone euro pourraient connaître une nouvelle hausse d’ici 2026, malgré la pause actuelle de la Banque centrale européenne (BCE). L’amélioration des perspectives de croissance, notamment grâce aux ambitions de dépenses de l’Allemagne, soutient cette prévision, même si des risques de ralentissement persistent.
Les marchés financiers semblent de plus en plus convaincus que la BCE maintiendra son taux directeur à 2 %, une perspective que partagent les analystes d’ING. L’inflation se stabilise à un niveau acceptable et la reprise économique, bien que prudente, se confirme. Cependant, la probabilité d’une baisse des taux reste plus élevée que celle d’une nouvelle hausse, en raison d’une conjoncture économique encore fragile.
L’Allemagne joue un rôle clé dans ce scénario. Les projets de dépenses supplémentaires, atteignant potentiellement 1 000 milliards d’euros au cours de la prochaine décennie, devraient stimuler la demande et réduire le risque d’une stagnation économique prolongée. Depuis l’annonce de ces ambitions en mars dernier, les marchés ont déjà intégré des anticipations de croissance à long terme plus fortes. Le taux swap à 10 ans a ainsi dépassé les 2,8 %, et les experts d’ING envisagent un objectif de 3 % d’ici 2026.
Les taux réels confirment cette tendance, témoignant de la confiance des marchés dans l’amélioration des perspectives économiques de la zone euro. Le taux réel 5Y5Y est passé d’environ 0,4 % à plus de 1 % en 2025, se rapprochant ainsi du potentiel de croissance à long terme estimé pour la région. Cette évolution se produit malgré les incertitudes liées aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis, qui pèsent sur le commerce international.
Si les dépenses allemandes ne devraient pas entraîner une croissance spectaculaire, elles contribuent à réduire le risque d’un retour à une stagnation séculaire. L’injection budgétaire supplémentaire devrait également exercer des pressions sur les prix, compte tenu des tensions sur le marché du travail. Par conséquent, la probabilité d’une baisse des taux de la BCE en dessous de 1 % a considérablement diminué.
Néanmoins, un scénario pessimiste reste possible. Si la croissance économique venait à stagner et que l’inflation chutait en dessous de l’objectif fixé par la BCE, une baisse des taux vers 1 % ne serait pas exclue. Dans ce cas, la relance budgétaire allemande ne parviendrait pas à stimuler la croissance, et une récession pourrait refaire surface en 2026. La BCE mettrait alors fin au resserrement quantitatif et les taux swap à 10 ans pourraient retomber à 1,5-2 %.
Un scénario plus optimiste prévoit une hausse des taux de la BCE au second semestre 2026, soutenue par une croissance économique résiliente et une pression accrue sur les prix. D’ici fin 2027, le taux directeur pourrait atteindre 3 %. Dans le même temps, l’amélioration de la situation politique en France et la résolution du conflit russo-ukrainien pourraient favoriser un sentiment de confiance sur les marchés, poussant le taux swap à 10 ans jusqu’à 3,6 %.
À ce stade, les gains potentiels semblent limités, mais les conséquences d’un scénario défavorable pourraient être importantes.