Le Groenland se trouve dans une situation paradoxale : pour assurer sa défense, il ne peut compter que sur les États-Unis, alors qu’il aspire à une plus grande autonomie et craint une éventuelle prise de contrôle de ses ressources. Cette vulnérabilité stratégique, soulignée par un expert local, met en lumière les défis auxquels l’île est confrontée dans un contexte géopolitique en mutation.
Selon Ole Aggo Markussen, commentateur groenlandais, une agression militaire contre le Groenland laisserait l’île totalement sans défense. « Nous n’avons qu’un seul pays qui peut nous défendre, ce sont les États-Unis. C’est le paradoxe de notre situation sécuritaire actuelle », a-t-il déclaré lors d’un échange organisé par le Forum du journalisme et des médias de Vienne (fjum). Cette analyse intervient alors que l’OTAN, pilier traditionnel de la sécurité groenlandaise, semble s’affaiblir, les États-Unis remettant en question son engagement.
Le Groenland espère toutefois éviter un tel scénario et mise sur le soutien politique de pays comme le Canada, la France et l’Allemagne. Cependant, la situation est d’autant plus délicate que le Danemark, auquel le Groenland est lié par le droit international au sein d’une “communauté impériale” autonome, ne dispose pas des moyens militaires nécessaires pour protéger l’île en cas de crise, malgré l’augmentation récente de sa présence dans l’Arctique, a précisé M. Markussen.
La crainte d’une intervention américaine, motivée par le contrôle des ressources minérales groenlandaises – notamment les terres rares – est également présente. « Si les États-Unis décident eux-mêmes de prendre le contrôle de l’île et de ses ressources minérales… rien ne peut être fait », a-t-il affirmé, décrivant une situation « douloureuse ». Il estime que les États européens, en particulier l’Allemagne et la France, pourraient jouer un rôle crucial en exerçant une influence politique sur les États-Unis pour les inciter à respecter les règles démocratiques.
Le Groenland aspire à ne plus être soumis à la domination de puissances étrangères, sans pour autant s’isoler. Il prône une approche « mondialiste » qui permettrait à d’autres pays et entreprises de participer à l’exploitation de ses ressources naturelles, mais sous un contrôle groenlandais. Les États-Unis sont les bienvenus dans ce cadre, a souligné M. Markussen, qui a également été un responsable du parti Siumut, favorable à l’indépendance vis-à-vis du Danemark.
Cette volonté d’autonomie se traduit par l’élaboration d’une doctrine de politique étrangère propre, une « stratégie arctique » adoptée cette année sous la devise « Rien sans nous qui nous concerne ». Cette stratégie est en partie une réaction aux déclarations du président américain Donald Trump concernant une possible annexion ou achat de l’île.
En pratique, Copenhague conserve la responsabilité de la politique étrangère et du système judiciaire groenlandais. Le gouvernement autonome groenlandais reçoit une subvention annuelle du Danemark, d’un montant de 4,3 milliards de couronnes danoises (environ 575,71 millions d’euros en 2024), qui représente environ un tiers de ses recettes publiques totales.
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