Publié le 14 décembre 2025 à 19h40. De l’accordéon aux platines, l’histoire improbable de l’« Ententanz », un morceau composé dans les années 1950 par un musicien suisse et devenu un phénomène mondial, vendu à plus de 50 millions d’exemplaires.
- L’« Ententanz » a été composé par l’accordéoniste thurgovien Werner Thomas dans les années 1950 pour animer les après-ski dans les Grisons.
- Le morceau a été adapté dans plus de 40 pays et enregistré dans environ 400 versions différentes.
- Aujourd’hui âgé de 96 ans, Werner Thomas profite d’une retraite paisible dans le Tessin, fier du succès inattendu de sa composition.
Qui ne connaît pas cette mélodie entraînante ? Elle résonne dans les stations de ski, les festivals et, depuis peu, sur les plateformes de streaming. Pourtant, l’origine de ce succès international, surnommé la « danse du canard », reste méconnue du grand public.
L’histoire commence il y a 70 ans, dans les auberges des Grisons, où Werner Thomas, jeune accordéoniste du canton de Thurgovie, se produisait en solo. C’est là qu’il compose au milieu des années 1950 la mélodie joyeuse qui deviendra l’« Ententanz ». Initialement, ce morceau servait simplement à annoncer les programmes d’animation.
Un tournant décisif se produit au début des années 1970, lorsque le producteur belge Louis van Rijmenant, en vacances à Davos, est captivé par cette petite mélodie. Il signe alors Werner Thomas, voyant le potentiel du morceau.
En 1973, la première version instrumentale, intitulée « Tchip Tchip », évoquant déjà le chant des oiseaux, est lancée. Le groupe belge « Cash & Carry » enregistre ensuite une version synthétisée.
« Je ne l’imaginais pas comme ça »
Cependant, Werner Thomas n’est pas immédiatement conquis par le son de cette nouvelle version.
« Quand je l’ai entendue pour la première fois, j’ai été déçu car ce n’était pas ce que j’imaginais »
Werner Thomas, dans une émission de télévision allemande
Malgré ses réserves, le public adopte rapidement le morceau. « Tchip Tchip » grimpe en tête des classements, non seulement en Belgique, mais aussi en Suisse.
L’Américain Stanley Mills décide alors d’exporter le « Duck Dance » aux États-Unis. En 1982, la version instrumentale est renommée « The Birdie Song ». Il ne manque plus que des paroles pour propulser la chanson vers de nouveaux sommets.
« Okashii Tori » – un succès même au Japon
La version française, interprétée par JJ Lionel, donne le coup d’envoi : sa « Danse des Canards » devient l’un des plus grands succès francophones des années 1980. En 1983, le morceau entre dans le Livre Guinness des records avec 2,5 millions d’exemplaires vendus en France.
En Allemagne, c’est le chanteur pop Frank Zander qui s’empare du tube, sous le pseudonyme de « Fred Sonnenschein », avec la chanson « Ja, If We Were All Angels » en 1981.
Au total, le titre a été vendu dans plus de 40 pays, à plus de 50 millions d’exemplaires, et décliné en environ 400 versions différentes. En Italie, on dansait sur « Il ballo del qua qua », au Portugal sur « A dança do passarinho », et en Espagne sur « Pajaritos a bailar ». La mélodie de la « danse du canard » est même connue au Japon sous le nom de « Okashii Tori », faisant de ce morceau – et de loin – le titre suisse le plus interprété et exporté au monde.
“Tatar et Prosecco”
Aujourd’hui, Werner Thomas a 96 ans et profite d’une retraite paisible dans une résidence luxueuse du canton du Tessin. Il n’a jamais révélé le montant des revenus générés par son œuvre, mais en est toujours très fier.
« Je veux simplement savourer un tartare et un verre de prosecco en toute tranquillité »
Werner Thomas, dans une interview au journal « Blick » en 2018
L’interview complète de Werner Thomas dans le journal « Blick » (2018).