Alors que l’intelligence artificielle (IA) suscite une course effrénée à la domination dans le secteur des puces, une opportunité d’investissement discrète se profile : les entreprises qui fabriquent les outils indispensables à la production de ces composants de pointe. Malgré la bataille acharnée entre NVIDIA et AMD, ce sont les fournisseurs d’équipements qui pourraient bien être les grands gagnants de cette révolution technologique.
Le marché des équipements de fabrication de plaquettes (WFE) devrait dépasser les 105 milliards de dollars en 2025, avec une croissance attendue en 2026. Pour chaque 100 milliards de dollars investis dans l’infrastructure des centres de données d’IA, environ 8 milliards de dollars sont directement réinjectés dans ce marché. Deux acteurs se distinguent particulièrement : Applied Materials et Lam Research.
La fabrication de puces avancées est un domaine hautement spécialisé, un véritable oligopole où des outils spécifiques sont requis pour chaque étape du processus. Les usines, appelées « fabs », ne peuvent pas improviser et doivent s’approvisionner auprès d’un nombre limité de fournisseurs, quel que soit le nom gravé sur la puce finale. Cette dépendance crée une dynamique favorable à ces entreprises.
Applied Materials domine l’ingénierie des matériaux, une étape cruciale pour les processeurs et les emballages avancés. Face à la chaleur intense générée par les puces de plus en plus puissantes, l’industrie se tourne vers une nouvelle architecture de transistors, la structure Gate-All-Around (GAA). Applied Materials fournit les outils essentiels à la fabrication de ces structures, notamment le système Xtera Epi, qui crée des structures sans vides indispensables à la vitesse des transistors, et le système Kinex, qui permet l’empilement de chipsets en résolvant les problèmes de dégradation liés aux temps d’attente.
Lam Research, quant à elle, se concentre sur la mémoire. Les modèles d’IA nécessitent d’énormes quantités de mémoire à bande passante élevée (HBM) et de stockage à long terme (3D NAND). Pour augmenter la densité de la mémoire, les fabricants empilent verticalement des couches de silicium, atteignant parfois plus de 400 couches. Lam Research propose des technologies clés comme Cryo 3.0, qui utilise un froid extrême pour graver des canaux profonds et uniformes, et Vantex, des chambres de gravure diélectriques conçues pour fonctionner avec Cryo 3.0.
Malgré les tensions géopolitiques, ces entreprises affichent une résilience remarquable. La division de services d’Applied Materials, Applied Global Services (AGS), a généré 6,39 milliards de dollars de revenus en 2025, en hausse de 3 % par rapport à l’année précédente. Le Customer Support Business Group (CSBG) de Lam Research enregistre également des revenus stables grâce aux pièces de rechange et aux mises à niveau.
Fin 2025, l’entrée en vigueur de la règle des 50 % d’affiliation par le gouvernement américain a entraîné une baisse de la part des revenus d’Applied Materials en Chine, passant de 37 % à 30 %. Lam Research a également subi des pressions similaires, avec un impact immédiat de 200 millions de dollars sur ses revenus pour le trimestre de décembre 2025. Cependant, la demande soutenue aux États-Unis, à Taiwan et en Corée, stimulée par le boom de l’IA, a permis aux deux entreprises de maintenir des revenus records ou quasi-records.
Ces entreprises offrent des ratios cours/bénéfice (P/E) généralement inférieurs à ceux des concepteurs de puces, ce qui en fait un point d’entrée intéressant pour les investisseurs souhaitant profiter du supercycle de l’IA sans payer de prime excessive. Elles restituent également des liquidités substantielles aux actionnaires : Applied Materials a versé environ 6,3 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions en 2025, tandis que Lam Research a racheté 990 millions de dollars de ses propres actions au seul trimestre de septembre 2025.
En somme, Applied Materials et Lam Research ne sont pas simplement des fournisseurs, mais les fondations sur lesquelles repose l’avenir de l’IA. Elles offrent un moyen fondamental d’investir dans le supercycle des semi-conducteurs, avec une volatilité moindre et une stabilité financière avérée.