Publié le 17 décembre 2025 à 23h50. Le pape Léon XIV devra prendre une décision cruciale en 2026 concernant la création d’un nouvel organisme national pour l’Église catholique allemande, une initiative controversée qui suscite des inquiétudes au sein du Vatican.
- La conférence épiscopale allemande et le Comité central des catholiques allemands (ZdK) ont mis en place un projet de « conférence synodale » pour institutionnaliser la « voie synodale » allemande.
- Cette voie synodale a débouché sur des propositions de réformes profondes, notamment l’ordination de femmes diacres, la réévaluation du célibat sacerdotal et une révision de la doctrine de l’Église sur l’homosexualité.
- Le Vatican a exprimé des réserves quant à l’autonomie de cette nouvelle structure et à son impact potentiel sur l’autorité épiscopale.
La création d’un nouvel organisme décisionnel au sein de l’Église catholique allemande est au cœur des préoccupations du pape Léon XIV. Ce projet, baptisé « conférence synodale », vise à donner une forme institutionnelle permanente à la « voie synodale » allemande, une initiative lancée en 2020 par les évêques du pays et le ZdK. La première réunion de cet organe est prévue à Stuttgart les 6 et 7 novembre 2026, suivie d’une seconde à Würzburg les 16 et 17 avril 2027.
Cependant, la mise en place de cette conférence synodale est conditionnée à l’approbation du Vatican. La voie synodale a réuni évêques et un groupe restreint de laïcs lors de cinq assemblées entre 2020 et 2023, aboutissant à 150 pages de résolutions appelant à des changements significatifs dans l’enseignement et la pratique catholiques. Parmi ces propositions figurent l’ordination de femmes diacres, un réexamen du célibat sacerdotal, la possibilité pour les laïcs de prêcher lors des messes, une plus grande participation des laïcs à la sélection des évêques et une révision du Catéchisme de l’Église catholique sur l’homosexualité.
La résolution la plus ambitieuse, adoptée en septembre 2022, prévoit la création d’un « organe consultatif et décisionnel » permanent, composé d’évêques et de laïcs. Cet organisme, le « conseil synodal », serait chargé de prendre des décisions fondamentales concernant la planification pastorale, l’avenir de l’Église et les questions financières, au-delà du niveau diocésain. Il remplacerait la Conférence conjointe, qui réunit depuis 1976 des représentants de la conférence épiscopale et du ZdK, mais dont les pouvoirs sont limités à un rôle consultatif et de coordination.
Le comité synodal intérimaire a finalisé les statuts de cet organisme en novembre 2025, lesquels ont été approuvés par les membres du ZdK lors d’une assemblée plénière à Berlin. Ces statuts doivent maintenant être approuvés par la conférence épiscopale allemande lors de sa prochaine réunion, du 23 au 26 février 2026 à Würzburg.
L’initiative a suscité des interventions répétées du Vatican, qui cherche à décourager les évêques allemands de créer cet organisme. Des cardinaux du Vatican ont argumenté que la conférence synodale usurperait l’autorité de la conférence épiscopale et porterait atteinte à la fonction épiscopale, conformément aux documents du concile Vatican II. Ces interventions ont conduit à des rencontres entre les responsables de la curie romaine et les évêques allemands, qui ont finalement accepté d’abandonner le nom de « conseil synodal » et de ne pas établir le nouvel organisme sans l’approbation romaine (reconnaissance).
Le pape Léon XIV a abordé la question à plusieurs reprises, mais sans prendre de position définitive. Lors de sa première grande interview, accordée à Elise Ann Allen de Crux en septembre 2025, il a critiqué les bénédictions rituelles de couples de même sexe « en Europe du Nord », estimant qu’elles violaient les normes établies par le Vatican en 2023, comme le précise la déclaration Fiducia Supplicans. Ses remarques ont été largement interprétées comme une réprimande implicite aux pratiques en Allemagne, où des paroisses organisent des cérémonies de bénédiction pour les couples de même sexe depuis des décennies.
Lors de son voyage en Turquie et au Liban en novembre 2025, interrogé sur l’approbation de la conférence synodale, le pape a répondu laconiquement : « Nous verrons ». De retour du Liban, il a développé sa pensée :
« La voie synodale n’est pas propre à l’Allemagne ; l’Église entière a célébré un synode et une synodalité au cours des dernières années. Il y a de grandes similitudes, mais aussi des différences marquées entre la façon dont la voie synodale en Allemagne a été poursuivie et comment elle peut continuer dans l’Église universelle. Il est important de respecter l’inculturation, mais il faut veiller à ce que les expressions locales de la synodalité ne rompent pas avec le chemin de l’Église universelle. »
Pape Léon XIV
Il a également souligné la nécessité d’un « dialogue et d’une écoute » plus larges au sein de l’Église allemande, afin que la voix de tous les catholiques soit entendue, et non seulement celle des élites ecclésiastiques. Il a suggéré que le projet pourrait nécessiter des « ajustements » des deux côtés.
Quatre évêques diocésains allemands ont déjà refusé de participer à ce projet, mais les 23 autres évêques diocésains soutiennent plus ou moins fermement la conférence synodale. L’approbation des statuts nécessitera une majorité des deux tiers, ce qui semble atteignable.
Une fois approuvés par les évêques allemands, les statuts seront soumis au Vatican pour une période d’essai de trois à cinq ans. L’issue de cette procédure reste incertaine, mais la décision du pape Léon XIV aura un impact significatif sur l’avenir de l’Église catholique en Allemagne.
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