L’avenir de la trêve entre Israël et le Hamas est incertain, fragilisé par des attaques israéliennes quasi quotidiennes à Gaza et par des désaccords persistants sur le déploiement d’une force internationale et le désarmement du groupe palestinien. La mort d’une fillette de 10 ans, Bayan Al-Ankah, dans un camp de déplacés, symbolise la fragilité de la situation et les risques qui pèsent sur la population civile.
Selon sa famille, Bayan Al-Ankah a été mortellement blessée par une balle tirée par l’armée israélienne le 10 décembre, alors qu’elle se trouvait à environ 800 mètres de la « ligne jaune » dans le nord de Gaza. Son décès intervient alors que des médiateurs qataris et égyptiens s’efforcent de maintenir le cessez-le-feu, menacé par les opérations militaires israéliennes.
Les États-Unis insistent sur deux conditions essentielles pour assurer la pérennité de la trêve : le déploiement d’une Force internationale de stabilisation (FIS) à Gaza et le désarmement du Hamas. Cependant, les pays impliqués dans les négociations peinent à s’accorder sur les modalités de ces mesures.
Un document du Département d’État américain datant de début décembre expose la vision américaine : la FIS devrait « soutenir la démilitarisation de Gaza, démanteler les infrastructures terroristes » et « mettre hors service les armes utilisées par les terroristes ». Mais de nombreux pays se montrent réticents à l’idée d’envoyer des troupes pour affronter le Hamas, en raison de son arsenal.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a autorisé le déploiement de troupes internationales à Gaza jusqu’à fin 2027, mais leur rôle précis reste flou. Cette semaine, les États-Unis ont organisé une réunion à Doha avec des représentants de plusieurs pays pour discuter de la FIS. Aucun engagement formel n’a été pris à ce stade, selon un responsable américain qui a souhaité rester anonyme.
L’Italie, l’Égypte, l’Indonésie, l’Azerbaïdjan et la Turquie ont été cités comme des pays susceptibles de contribuer à la FIS. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré que la Turquie pourrait jouer un « rôle de premier plan » en déployant des Casques bleus le long de la frontière entre les zones de Gaza contrôlées par le Hamas et Israël, mais a exclu une participation au désarmement du Hamas.
« Nous ne devrions pas attendre des FSI un travail qui n’ait pas été achevé par les forces de sécurité israéliennes », a-t-il déclaré lors du Forum de Doha. L’Égypte a également exprimé sa réticence à envoyer des troupes pour désarmer de force le Hamas et d’autres groupes armés.
« Le mandat devrait être, de notre point de vue, de maintien de la paix plutôt que d’imposition de la paix », a affirmé le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, lors du même forum. Il a plaidé pour un déploiement rapide de la FIS en tant qu’observateurs, soulignant que « chaque jour, Israël viole le cessez-le-feu ».
Israël accuse le Hamas de violer le cessez-le-feu en tentant de reconstituer ses forces. Une frappe aérienne israélienne la semaine dernière a tué un haut commandant militaire du Hamas, ce que Jérusalem justifie par la volonté du groupe de se réarmer.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a exprimé son scepticisme quant à la capacité d’une force internationale à atteindre l’objectif principal, selon Israël : le désarmement du Hamas. « Nos amis américains veulent essayer de créer une force multinationale pour faire ce travail. Je leur ai dit… s’il vous plaît, soyez mon invité », a-t-il déclaré.
Israël s’oppose également à la participation de la Turquie à la FIS, la considérant comme un adversaire favorable au Hamas. De plus, Israël a déclaré qu’il ne retirerait pas ses troupes de Gaza tant que le territoire ne serait pas démilitarisé.
Majed Al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, a souligné les désaccords entre les pays sur l’ordre des opérations. Le Qatar encourage les deux parties à prendre des mesures simultanées en faveur du désarmement du Hamas et du retrait des troupes israéliennes. « Le problème est le séquençage », a-t-il déclaré. « Quand le désarmement a-t-il lieu ? Comment cela se produit-il ? … Chaque absence de décision sur un grand nombre de ces questions donne le temps au cessez-le-feu de s’effondrer. »
Bassem Naim, un négociateur du Hamas, a déclaré à NPR que le groupe était ouvert au désarmement, mais uniquement sous certaines conditions. « Nous sommes prêts à un cessez-le-feu d’une durée de cinq, sept ou dix ans », a-t-il déclaré, ajoutant que pendant cette période, le Hamas pourrait être disposé à stocker et à déposer des armes tant que Gaza n’est pas attaquée.
« Le désarmement ou le déclassement des armes doit être lié à une démarche politique sérieuse, qui doit aboutir à un État palestinien », a-t-il insisté. « Tant que nous n’y parvenons pas, nous continuons à lutter, à nous battre. » Le Hamas accueillerait favorablement la FIS comme force de maintien de la paix, mais uniquement pour séparer les forces israéliennes des Palestiniens.
Par ailleurs, la situation humanitaire à Gaza reste désastreuse. L’ONU affirme qu’un quart des familles ne mangent plus qu’un seul repas par jour et que les médicaments de base sont rares. Les frappes aériennes israéliennes ont détruit ou endommagé plus de 90 % des maisons, et plus de 70 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé de Gaza. Une récente tempête a inondé Gaza, détruisant des abris de fortune et laissant des familles sans protection contre le froid. Au moins deux nourrissons sont morts du froid, selon le ministère de la Santé.