Publié le 19 décembre 2023 04:14:00. La Scala de Milan a inauguré sa nouvelle saison avec une production audacieuse de l’opéra Lady Macbeth du comté de Msensk de Dmitri Chostakovitch, une œuvre longtemps controversée et interdite en raison de sa critique sociale acerbe.
- L’opéra de Chostakovitch, créé en 1934, a été vivement critiqué par Staline après une représentation à Moscou en 1936, entraînant son interdiction et le discrédit du compositeur.
- La production actuelle à La Scala présente la version originale de 1934, mettant en lumière la vision artistique initiale de Chostakovitch.
- La mise en scène de Vassily Barhatov et la direction musicale de Riccardo Chailly explorent la solitude et la quête désespérée de bonheur de la protagoniste, Katerina.
La nouvelle saison de la Scala s’est ouverte sur une note puissante avec la représentation de Lady Macbeth du comté de Msensk, un opéra qui continue de susciter l’émotion et la réflexion. L’événement, considéré comme un point culminant culturel de l’année en Italie, a attiré une foule prestigieuse, composée d’élites sociales, de célébrités et de passionnés d’opéra, prêts à investir des sommes considérables pour assister à cette première.
L’histoire de cet opéra est intimement liée à un contexte politique et artistique tumultueux. Créé en 1934, Lady Macbeth du comté de Msensk a rapidement fait sensation par son audace et sa représentation sans concession des réalités sociales et des relations humaines. Cependant, cette même audace a provoqué une réaction virulente de la part du régime stalinien. En 1936, Staline lui-même assista à une représentation à Moscou et exprima son désaccord dans le journal Pravda, qualifiant l’œuvre de « chaos au lieu de musique ». Cette critique dévastatrice conduisit à l’interdiction de l’opéra et à la marginalisation de Chostakovitch.
Plusieurs années plus tard, le compositeur révisa l’œuvre, la renommant Katerina Izmaïlova. Néanmoins, la Scala a choisi de présenter la version originale de 1934, soulignant ainsi l’importance de préserver l’intégrité artistique de Chostakovitch et de rendre hommage à sa vision initiale.
Le metteur en scène Vassily Barhatov a souligné que l’opéra ne se limite pas à une histoire russe ou soviétique, mais qu’il s’agit d’une œuvre universelle explorant la solitude féminine et la recherche du bonheur. Il a également mis en avant l’empathie dont Chostakovitch a fait preuve envers Katerina, contrairement à l’attitude plus misogyne de Nikolaï Leskov, l’auteur de la nouvelle originale sur laquelle l’opéra est basé.
« Katerina commet des crimes, mais elle le fait au nom de l’amour. »
Vassily Barhatov, metteur en scène
La production de La Scala met en vedette la soprano Sara Jakubiak dans le rôle de Katerina et la star montante Nazhmidins Mavlianov dans celui de Sergey. Sous la direction musicale de Riccardo Chailly, l’orchestre de La Scala interprète la musique complexe et captivante de Chostakovitch avec une précision et une sensibilité remarquables. Cet événement représente non seulement une performance artistique exceptionnelle, mais aussi une affirmation puissante de la liberté de l’expression artistique et de sa capacité à susciter une réflexion profonde.