Publié le 19 décembre 2025 à 02h36. Les dirigeants européens n’ont pas réussi à s’entendre, dans la nuit de jeudi à vendredi, sur l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer l’aide à l’Ukraine, mais ont convenu de lui accorder un prêt commun en attendant de trouver un accord sur un plan plus ambitieux.
- L’Union européenne s’engage à fournir un prêt à l’Ukraine pour répondre à ses besoins financiers urgents.
- Les discussions sur l’utilisation des avoirs russes gelés se poursuivent, malgré les craintes de représailles de Moscou et les divergences entre États membres.
- L’Ukraine a besoin de 135 milliards d’euros sur les deux prochaines années pour équilibrer son budget.
Après plus de 21 heures de négociations à Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement européens ont échoué à trouver un consensus sur la manière de mobiliser les actifs russes immobilisés pour aider l’Ukraine. L’idée, soutenue par de nombreux pays, consistait à utiliser les intérêts générés par ces fonds comme une avance sur les réparations que la Russie devrait payer pour son invasion. Cependant, des inquiétudes subsistent quant aux risques juridiques et aux possibles représailles russes.
Un responsable européen, souhaitant rester anonyme, a déclaré que les discussions avaient porté sur les fonds gelés, mais aussi sur l’optimisation des marges de manœuvre au sein du budget de l’UE. « Après de longues discussions, il est devenu clair que le recours aux prêts adossés à des actifs gelés nécessitait un travail supplémentaire. Les dirigeants ont besoin de plus de temps pour finaliser les détails », a-t-il précisé.
L’Ukraine estime avoir besoin de 135 milliards d’euros sur les deux prochaines années pour couvrir ses besoins budgétaires. L’Union européenne s’est engagée à contribuer à hauteur de 90 milliards d’euros, le reste devant être financé par d’autres pays, tels que le Royaume-Uni, le Canada et la Norvège. La principale difficulté réside dans la manière dont l’UE doit collecter ces fonds.
Le débat sur l’utilisation des avoirs russes gelés est particulièrement sensible. Les partisans de cette option la considèrent comme une avance sur les réparations que la Russie devrait verser à l’Ukraine en raison de la guerre. Les opposants, en revanche, craignent des représailles de Moscou et des complications juridiques.
La Belgique, où se trouve une part importante des actifs russes gelés, est particulièrement préoccupée par le risque d’être tenue financièrement responsable si ces fonds venaient à disparaître. Avant le sommet, des efforts ont été déployés pour rassurer la Belgique en lui offrant des garanties supplémentaires, d’autres pays s’engageant à contribuer en cas de litige. Les Pays-Bas, par exemple, se sont déclarés prêts à garantir 14 milliards d’euros.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait auparavant affirmé qu’aucun dirigeant ne quitterait le sommet avant qu’un accord ne soit trouvé. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, avait mis en garde contre un choix difficile : « l’argent aujourd’hui ou le sang demain ».
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait lancé un appel moral aux dirigeants européens, soulignant que l’Ukraine défendait les intérêts de l’UE et qu’elle avait donc droit à son aide. Il a reconnu les préoccupations exprimées par la Belgique, mais a insisté sur le fait que « la crainte d’une action en justice de la part de la Russie est moins effrayante que la perspective de voir la Russie à vos frontières ».
Une décision unanime de tous les États membres de l’UE est nécessaire pour approuver un prêt commun. Les Pays-Bas, traditionnellement réticents à ce type de prêts, avaient adopté l’année dernière une motion demandant au gouvernement de bloquer toute proposition de prêt pour financer des investissements dans la défense.
Cependant, le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, avait souligné à l’approche du sommet que les Pays-Bas étaient ouverts aux deux options : l’utilisation des avoirs russes ou la souscription d’un emprunt européen commun.