Une grève inédite de dix jours paralyse le secteur médical alsacien à partir du 5 janvier, menaçant de fortes perturbations pour les patients. Médecins libéraux, spécialistes, internes et remplaçants protestent contre le budget de la Sécurité sociale pour 2026, qu’ils jugent insuffisant et porteur d’attaques contre leur profession.
La mobilisation, qui débutera par une suspension de la transmission des données médicales, s’intensifiera le 9 janvier avec la fermeture des blocs opératoires des cliniques privées alsaciennes – Diaconat-Fonderie, Diaconat Roosevelt, clinique de l’Orangerie, Rhéna et Saint-François – et la redirection des patients vers les hôpitaux publics. Radu Lupescu, président de la conférence médicale d’établissement (CME) de la clinique Rhéna à Strasbourg, souligne l’ampleur de la situation : « Cette mobilisation est inhabituelle. Je n’ai jamais vu ça depuis mon internat en 1997 ». La clinique Rhéna, à elle seule, assure 39 % de l’activité chirurgicale de l’Eurométropole de Strasbourg.
Malgré le retrait de certains points controversés, le budget de la Sécurité sociale pour 2026 continue de susciter l’inquiétude des praticiens, notamment en ce qui concerne la revalorisation des actes médicaux et les conditions de délivrance des arrêts de travail. Vincent Meteyer, président de la CME Diaconat-Roosevelt à Mulhouse, dénonce une « attaque en règle contre tous les secteurs de la médecine et de la chirurgie libérales ». Il ajoute : « L’esprit du texte persiste : les médecins libéraux sont accusés d’être des fraudeurs, des truands, des rentiers ».
Les présidents des CME d’Alsace ont exprimé leur opposition dans une lettre adressée à l’Agence régionale de santé (ARS), dénonçant un budget élaboré « sans aucune concertation préalable avec les acteurs concernés », qui « impose de nouvelles charges financières et administratives aux cabinets et aux établissements » et qui « donne à l’Assurance maladie un pouvoir de décision tarifaire unilatéral » en cas d’échec des négociations conventionnelles.
Les médecins grévistes s’engagent à assurer la continuité des soins, en se concentrant sur les situations d’urgence, les prises en charge impossibles à différer et les missions essentielles à la sécurité des personnes. Dans les cabinets libéraux, la mobilisation prend différentes formes. Waël Younes, médecin vasculaire à Colmar, fermera son cabinet avec ses confrères, estimant que « 95 % des cinquante angiologues alsaciens » participeront au mouvement. Son cabinet a déjà amorcé une grève du téléphone depuis le 1er décembre, ne répondant qu’aux appels urgents.
Du côté des médecins généralistes, l’adhésion est variable. François-Xavier Schelcher, président de MG68, explique : « Nous sommes partagés entre la nécessité de manifester notre colère et notre volonté de ne pas pénaliser les patients. Certains fermeront, mais pas sur toute la durée. L’impact sur la population sera toutefois relativement important ». Une organisation renforcée est prévue pour garantir la permanence des soins, notamment avec une mobilisation accrue des médecins libéraux à la régulation du 15.
En signe de protestation, de nombreux praticiens exerçant en clinique ont déjà suspendu l’alimentation du dossier médical partagé (DMP), qu’ils considèrent comme « un danger pour le secret médical », ainsi que la télétransmission des feuilles de soins.
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