Home NouvellesLes États-Unis traversent une crise économique en forme de K, et la polarisation est considérée comme grave… Qu’en est-il de l’économie coréenne ?

Les États-Unis traversent une crise économique en forme de K, et la polarisation est considérée comme grave… Qu’en est-il de l’économie coréenne ?

by Nicolas Lefèvre

La fracture économique prend une forme de plus en plus marquée, non plus seulement en termes de revenus, mais surtout en termes de patrimoine. Si aux États-Unis, c’est une polarisation de la consommation qui inquiète, en Corée, l’écart croissant entre les générations en matière d’actifs immobiliers devient un sujet de préoccupation majeur.

Aux États-Unis, une analyse récente met en lumière une dépendance croissante de la consommation aux revenus des 20 % les plus riches, qui représentent désormais les deux tiers des dépenses totales. Cette concentration, en hausse de plusieurs dizaines de points de pourcentage par rapport à il y a 20 ou 30 ans, contraste avec la diminution de la part de consommation des ménages à revenus modestes et intermédiaires. Bloomberg a alerté sur les « dangers » d’une telle situation, où l’économie repose sur un nombre limité de consommateurs.

Cette polarisation de la consommation a contribué à l’élection de Zoran Mamdani, un candidat privilégiant les questions de logement, de garde d’enfants et de coût de la vie, au poste de maire de New York. Son succès témoigne d’une prise de conscience face à l’augmentation du coût de la vie et à l’érosion du pouvoir d’achat des classes moyennes et des citoyens ordinaires.

La situation coréenne, bien que différente, n’est pas exempte de disparités. Une étude de l’Agence nationale des données, analysant les dépenses de consommation par décile de revenu entre 2019 et 2025, révèle que les 10 % les plus riches représentent environ 20 % de la consommation totale, et les 20 % les plus riches, 34 à 35 %. Ces chiffres, bien que significatifs, apparaissent plus modérés qu’aux États-Unis, où les 10 % les plus riches concentrent à eux seuls la moitié de la consommation.

Nak-nyeon Kim, directeur de l’Académie des études coréennes et chercheur spécialisé dans les inégalités de revenus, nuance cette perception : « Certaines personnes estiment que les inégalités de revenus s’accentuent, mais en réalité, c’est l’inverse qui se vérifie. Si l’on prend en compte non seulement les revenus en espèces, mais aussi les transferts en nature tels que les soins médicaux et l’éducation, l’écart de revenus se réduit même. » Il souligne que le véritable problème réside dans la polarisation des actifs.

En effet, l’écart d’actifs s’est creusé de manière spectaculaire au cours de la dernière décennie. Fin mars 2024, les 20 % les plus riches détenaient en moyenne 1 745,9 millions de wons (environ 1 200 €) d’actifs, soit 44,9 fois plus que les 20 % les plus pauvres (38,9 millions de wons, environ 27 €). Le coefficient de Gini de la valeur nette a atteint un niveau record de 0,625, témoignant d’une inégalité croissante.

Ce fossé patrimonial, symbolisé par l’accession à la propriété à Séoul, a des conséquences intergénérationnelles importantes. Bien que le taux de pauvreté de la jeunesse coréenne soit relativement faible par rapport aux autres pays développés, leur satisfaction à l’égard de la vie ne se classe qu’à la 31e place sur 38 pays de l’OCDE. Ce sentiment d’insatisfaction est directement lié à l’écart d’actifs.

Pour répondre à ce défi, le gouvernement coréen propose deux pistes : limiter artificiellement la hausse des prix des actifs, notamment immobiliers, ou offrir de nouvelles opportunités de création de patrimoine aux jeunes et aux populations vulnérables. Si la première option est complexe à mettre en œuvre, la seconde offre un potentiel plus important grâce à des politiques ciblées.

Le développement de nouvelles villes, comme la 3e ville nouvelle, est une initiative gouvernementale, mais elle peine à convaincre les jeunes, qui doutent de leur accessibilité financière et de leur proximité avec les pôles d’emploi. Il est donc crucial de proposer des logements à des prix abordables pour offrir de réelles opportunités de création de patrimoine.

En outre, le développement de la retraite par capitalisation représente une opportunité importante pour la jeune génération, qui dispose d’un atout précieux : le temps. En créant des fonds de retraite et en augmentant leur taux de rendement, qui se situe actuellement entre 0 et 3 %, il serait possible d’améliorer significativement la situation patrimoniale des jeunes Coréens. Un taux de rendement de 7 à 8 % pourrait multiplier leur épargne par deux ou trois sur une période de 20 ans.

En conclusion, l’économie coréenne en forme de K se manifeste davantage par une polarisation des actifs que par une polarisation de la consommation. Le véritable signal d’alarme n’est pas un ralentissement de la consommation, mais l’impuissance d’une génération qui se sent incapable de planifier son avenir en raison de l’absence de patrimoine.

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