Home NouvellesLe nouvel impératif commercial de l’Indonésie est une histoire

Le nouvel impératif commercial de l’Indonésie est une histoire

by Nicolas Lefèvre

Publié le 23 décembre 2025 00:36:00. L’Indonésie multiplie les accords de partenariat économique à travers le monde, mais pour que ces accords soient pérennes, il est crucial de maîtriser le récit qui les accompagne et de convaincre l’opinion publique de leurs bénéfices.

  • L’Indonésie cherche à accroître son influence dans les chaînes de valeur mondiales grâce à des accords commerciaux stratégiques.
  • Le succès de ces accords dépend de plus en plus de la capacité à construire un consensus public favorable, au-delà des négociations techniques.
  • Des initiatives comme le « Catalyseur » pour l’accord Australie-Indonésie montrent l’importance de mettre en avant des exemples concrets et des bénéfices tangibles pour les citoyens.

Alors que l’Indonésie accélère sa stratégie de partenariats économiques globaux (CEPA) en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs, la communication devient un enjeu majeur. Les accords commerciaux ne se limitent plus à des questions de droits de douane et de bénéfices économiques pour les entreprises ; ils sont désormais soumis à un examen minutieux de l’opinion publique, influencée par des préoccupations environnementales, sociales et politiques.

L’expérience récente de partenariats commerciaux comme le Partenariat transpacifique et le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TAFTA) entre l’Union européenne et les États-Unis illustre cette nouvelle réalité. Ces accords n’ont pas échoué à cause de désaccords sur les tarifs douaniers, mais en raison d’un discours public négatif qui les a présentés comme des menaces pour la souveraineté nationale et l’emploi.

L’accord CEPA entre l’Indonésie et l’Union européenne est confronté à des défis similaires. Si sur le papier, il promet un renforcement des liens commerciaux, il se heurte à des obstacles politiques complexes. En Europe, les préoccupations environnementales et éthiques, notamment concernant l’huile de palme et la déforestation, dominent le débat. En Indonésie, ces préoccupations sont souvent perçues comme des barrières protectionnistes déguisées, entravant l’accès aux marchés pour les produits de base. Il est donc essentiel de construire un récit public qui relie les faits aux émotions, en positionnant l’Indonésie comme un partenaire essentiel dans la construction de chaînes d’approvisionnement durables et en reconnaissant la trajectoire de développement du pays.

L’accord CEPA entre l’Indonésie et le Canada rencontre des difficultés analogues, en particulier en ce qui concerne les minéraux critiques. Le Canada exerce un contrôle public strict sur les pratiques d’extraction et les conditions de travail en Indonésie. L’Indonésie, de son côté, a des ambitions industrielles fortes et souhaite développer sa capacité de transformation en aval. Sans un récit qui concilie ces positions, l’accord risque d’être critiqué par les intérêts des deux parties.

« Un partenariat économique sans familiarité culturelle risque de devenir purement transactionnel. »

Citation non attribuée dans le texte original

L’accord CEPA entre l’Indonésie et l’Australie illustre l’importance de la sensibilisation du public. Bien que des années de coopération technique aient jeté des bases solides, la connaissance du potentiel de l’accord restait limitée en 2021, date de son entrée en vigueur. Un sondage du Lowy Institute révélait que moins de la moitié des Australiens considéraient l’Indonésie comme une démocratie (résultats du sondage), tandis qu’une faible proportion d’Indonésiens considérait l’Australie comme son partenaire le plus proche (rapport d’Indikator).

L’initiative « Catalyseur », créée pour soutenir la mise en œuvre de l’accord Australie-Indonésie, a rapidement compris la nécessité de combler ce fossé. En mettant en avant des histoires concrètes, comme celle d’étudiants indonésiens formés en Australie aux métiers des soins aux personnes âgées à Jakarta, l’initiative a permis de rendre les dispositions abstraites de l’accord plus tangibles et de démontrer les avantages mutuels dans un secteur facilement compréhensible par le public.

« Catalyseur » a également mis en lumière l’entrée de PME indonésiennes sur le marché australien et l’expansion des offres de formation australiennes en Indonésie, illustrant ainsi les opportunités réciproques créées par l’accord. Cette narration cohérente, multicanale et multisectorielle visait non seulement à informer, mais aussi à redéfinir le récit et à démontrer que l’accord était un moteur de développement des compétences, de croissance des entreprises et de résilience mutuelle.

Avec une population en ligne en Asie du Sud-Est dépassant les 460 millions d’habitants (rapport de Temasek), la diplomatie économique est devenue une compétition pour capter l’attention. Les accords commerciaux formulés uniquement en termes de projections de PIB ou de tarifs douaniers peuvent sembler lointains et élitistes. Dans ce vide, la désinformation sur des questions telles que les travailleurs étrangers, les obligations environnementales ou l’accès aux marchés pour les secteurs sensibles peut se propager rapidement.

Pour éviter les erreurs du passé, une stratégie narrative doit être intégrée dès le départ à la diplomatie économique. Cela implique d’intégrer les communications au cœur des négociations, de co-écrire des récits sur la durabilité qui reflètent les ambitions de l’Indonésie et de mettre en avant des exemples concrets et des bénéfices tangibles pour les citoyens.

Enfin, il est crucial de reconnaître que les accords commerciaux sont avant tout des documents politiques. Leur pérennité dépend de la reconnaissance par les citoyens des opportunités qu’ils créent. Pour l’Indonésie, le travail technique, bien que fondamental, ne représente que la moitié de la bataille. L’autre moitié consiste à raconter son histoire et à s’assurer qu’elle est une histoire à laquelle les gens, en Indonésie et dans le monde, peuvent croire.

Un parallèle frappant est à noter avec le déclin des études de langue indonésienne dans les universités australiennes, un signe avant-coureur qui s’est manifesté lors du déploiement de l’IA-CEPA (2020-2025). Un partenariat économique dépourvu de compréhension culturelle risque de se limiter à une simple transaction commerciale. Une coopération durable nécessite une base de compréhension mutuelle.

You may also like

Leave a Comment