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Flotte fantôme en vue : 41 navires perdent des libertés essentielles

by Amélie Bernard

Publié le 25 décembre 2025 à 02h05. L’Union européenne renforce la pression sur la Russie en élargissant ses sanctions à une quarantaine de navires soupçonnés de contourner le plafonnement des prix du pétrole russe, une flotte dite « fantôme » qui pose également des risques croissants pour la sécurité maritime et l’environnement.

  • L’UE a ajouté 41 navires à sa liste noire, portant le nombre total de véhicules sanctionnés à 598.
  • Ces navires sont désormais privés d’accès aux ports européens, mais surtout, de services essentiels tels que l’assurance, le financement et l’assistance technique.
  • L’Organisation maritime internationale (OMI) alerte sur les dangers liés à ces flottes « sombres », caractérisées par un manque de transparence et des pratiques potentiellement dangereuses.

Bruxelles intensifie son action contre la « flotte fantôme » russe, un réseau complexe de navires souvent anciens, immatriculés sous des pavillons divers et opérant en dehors des réglementations internationales habituelles. Ces navires jouent un rôle clé dans la poursuite des exportations de pétrole russe vers des pays comme l’Inde et la Chine, malgré les sanctions occidentales.

Les nouvelles sanctions, annoncées mi-décembre, interdisent aux navires visés d’accéder aux ports, aux chenaux et aux zones de mouillage de l’Union européenne. Mais l’impact le plus significatif réside dans le retrait des services indispensables à leur fonctionnement. Ils ne pourront plus bénéficier d’une assurance ou d’une réassurance, d’un financement, d’une assistance technique ou nautique, de ravitaillement, de remorquage, de changement d’équipage ou de services de manutention et de chargement. Les transferts de pétrole en mer, une pratique courante au sein de cette flotte, sont également interdits.

Selon l’autorité maritime danoise, qui suit de près cette question, ces mesures visent à contrer une tentative systématique de Moscou de contourner le régime de plafonnement des prix et les sanctions imposées en réponse à l’invasion de l’Ukraine. Consulter l’aperçu des sanctions de l’autorité maritime danoise.

Des exceptions sont prévues uniquement en cas d’urgence, pour des raisons humanitaires ou pour prévenir des dangers en mer, tels que des risques environnementaux ou pour la sécurité des navires.

L’UE cible également les acteurs qui facilitent les opérations de cette flotte. Cinq personnes et quatre entreprises ont été sanctionnées en même temps que les navires, accusées de fournir une logistique, un financement ou un contrôle opérationnel à ces réseaux.


Risques sécuritaires et environnementaux

L’Organisation maritime internationale (OMI) a mis en garde, dès fin 2023, contre les risques accrus liés à ces flottes « sombres ». Une résolution de l’OMI souligne des caractéristiques préoccupantes : systèmes d’identification automatique (AIS) manipulés ou désactivés, maintenance inadéquate, propriété opaque et manque d’assurance. Ces facteurs augmentent considérablement le risque d’accidents et de déversements de pétrole, en particulier lors des transferts en mer.

Bien que les grandes marées noires aient diminué à l’échelle mondiale à long terme, selon les données de la Fédération internationale des propriétaires de pétroliers contre la pollution (ITOPF), consulter les statistiques de l’ITOPF, six accidents majeurs de pétroliers ont été recensés en 2024, entraînant le déversement de plus de 700 tonnes de pétrole à chaque fois. En cas d’incident impliquant un navire mal assuré ou opérant dans l’anonymat, la question de la responsabilité et de l’indemnisation devient particulièrement complexe.

Les sanctions contre ces 41 navires ne sont donc pas qu’une mesure symbolique. En coupant l’accès aux ports, à l’assurance, au financement et aux infrastructures maritimes, l’UE frappe aux points faibles de ces opérations. Il reste à déterminer si cela freinera significativement les exportations de pétrole russe, mais il est certain que la poursuite de leurs activités sera désormais beaucoup plus risquée, coûteuse et transparente pour les navires concernés.

Sources : Autorité maritime danoise ; Conseil européen ; Organisation maritime internationale ; Fédération internationale des propriétaires de pétroliers contre la pollution.

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