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Le chef de l’armée suisse met en garde contre la croyance en la neutralité

by Nicolas Lefèvre

Le chef de l’armée suisse tire la sonnette d’alarme : malgré la guerre en Ukraine, la Suisse n’a pas tiré les leçons nécessaires en matière de défense et ne sera pas prête avant 2050 si les investissements restent au niveau actuel. Il souligne l’urgence d’une coopération internationale renforcée et d’une remise en question de la neutralité passive.

Dans une interview révélatrice, le chef de l’armée, qui quittera ses fonctions à la fin de l’année, a exprimé son inquiétude face au manque de réaction du pays face à l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022. « Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait eu une secousse dans le pays depuis lors », a-t-il déclaré. Il insiste sur la nécessité d’une évaluation honnête des capacités de défense suisses : « La population et les politiques ne doivent pas croire que l’armée est capable de se défendre alors qu’elle ne l’est pas. »

Selon lui, trois facteurs expliquent cette absence de prise de conscience collective. Premièrement, la Suisse n’a pas connu de conflit sur son sol depuis la guerre du Sonderbund en 1847, soit près de 180 ans. « Heureusement, nous n’avons pas de mémoire collective des guerres, contrairement à l’Estonie ou à la Pologne », a-t-il souligné. Deuxièmement, la guerre en Ukraine est perçue comme lointaine par beaucoup, alors qu’elle n’est séparée de la Suisse que par deux pays, la Hongrie et l’Autriche. Enfin, il dénonce une idée reçue selon laquelle la neutralité suisse garantirait automatiquement sa protection.

Le chef de l’armée plaide pour une coopération militaire internationale accrue. « La Suisse ne peut pas se défendre de manière autonome », a-t-il affirmé. « C’est pourquoi nous devons être capables de coopérer avec d’autres armées et d’être interopérables, c’est-à-dire travailler ensemble. Cela nécessite des années de préparation, qui ont déjà commencé. »

Il met en garde contre les conséquences d’un investissement insuffisant dans la défense. Si la Suisse maintient son objectif d’allouer seulement 1 % de son produit intérieur brut (PIB) à l’armée à partir de 2032 ou 2035, elle ne sera pas prête à faire face à une menace avant environ 2050. Un délai jugé trop long compte tenu de l’évolution rapide de la situation géopolitique et des champs de bataille modernes. L’armée suisse s’efforce cependant de s’adapter à ces changements.

À ce stade, un tiers seulement des soldats suisses seraient entièrement équipés en cas d’urgence, une situation que le chef de l’armée considère comme particulièrement préoccupante.

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