Une équipe de chercheurs grecs avance l’hypothèse audacieuse que des navigateurs de l’Antiquité auraient pu atteindre les côtes nord-américaines dès le Ier siècle après J.-C., s’appuyant sur une analyse détaillée d’un dialogue philosophique de Plutarque et des données astronomiques.
À retenir
- L’étude se base sur le texte « De Facie » de Plutarque, qui relate le récit d’un voyageur ayant visité un vaste continent occidental.
- Les chercheurs ont identifié une fenêtre temporelle possible pour ce voyage, en 56 après J.-C., en croisant des données astronomiques et des descriptions géographiques du texte.
- Bien que controversée, cette théorie s’appuie sur des connaissances astronomiques avancées des Grecs anciens et sur la possibilité de naviguer sur les courants atlantiques.
Contexte
L’idée que des Grecs anciens aient pu traverser l’Atlantique bien avant Christophe Colomb n’est pas nouvelle, mais elle a longtemps été considérée comme marginale. Le Dr Ioannis Liritzis, professeur d’archéonomie à l’Université de la mer Égée, et ses collègues ont relancé le débat en se concentrant sur le dialogue « Sur la face qui apparaît dans l’orbe de la Lune » (communément appelé « De Facie ») de Plutarque, un historien grec ayant vécu entre 46 et 119 après J.-C. Dans ce texte, un personnage, Sylla, raconte l’histoire d’un voyageur qui a exploré un continent lointain.
L’équipe de recherche, composée également d’une astronome, d’un philosophe, d’un météorologue et d’un expert en technologies de l’information, a cherché à corréler les descriptions du récit avec des données scientifiques. Ils ont notamment examiné les phénomènes astronomiques mentionnés dans le texte, en particulier l’apparition de la planète Saturne (Kronos pour les Grecs) dans la constellation du Taureau, qui, selon le récit, marquait le moment propice aux voyages vers ce continent.
Ce qui change
Les chercheurs suggèrent que les anciens Grecs auraient pu utiliser leurs connaissances en astronomie pour identifier les courants atlantiques favorables à une navigation vers l’ouest. Ils estiment que ces voyages, qui auraient eu lieu tous les trente ans, pourraient avoir été motivés par l’exploration, la recherche de richesses ou des raisons religieuses liées au culte de Kronos. L’analyse géographique du texte de Plutarque, qui mentionne une baie alignée avec le delta de la Volga, a conduit l’équipe à identifier le golfe du Saint-Laurent au Canada comme une destination possible.
Selon leur chronologie, un voyage aurait été effectué en 57 après J.-C., avec un retour en 58 après J.-C. Ils ont basé cette datation sur une éclipse solaire totale survenue en 75 après J.-C. et sur les positions de Saturne dans le ciel à cette époque.
Prochaines étapes
La théorie reste sujette à débat au sein de la communauté archéologique. Certains experts estiment qu’un tel voyage est peu probable, compte tenu des limitations technologiques de l’époque, tandis que d’autres ne l’excluent pas totalement. Des recherches supplémentaires, notamment des fouilles archéologiques potentielles sur les côtes nord-américaines, seraient nécessaires pour corroborer ou infirmer cette hypothèse.
Le Dr Minas Tsikritsis, un chercheur gréco-canadien spécialisé dans les écritures égéennes, soutient également l’idée d’une présence grecque en Amérique avant Colomb, en se basant sur une analyse similaire du texte de Plutarque et sur des programmes informatiques qui confirment la connaissance d’un « grand continent » à l’ouest de l’Europe par les anciens Grecs. Il suggère que des échanges commerciaux, notamment de cuivre provenant du lac Supérieur, ont pu avoir lieu dès l’âge du bronze.
Réplique d’une trière grecque antique.
Chiffres clés
- 75 après J.-C. : Date de l’éclipse solaire utilisée comme point de référence pour la chronologie du voyage.
- 56 après J.-C. : Année estimée du départ du voyage vers l’Amérique du Nord.
- 30 ans : Intervalle supposé entre les voyages vers le continent occidental, selon le texte de Plutarque.
Sources
Plutarque, « Sur la face qui apparaît dans l’orbe de la Lune » (« De Facie »).