L’actuel chef du parti travailliste britannique, Keir Starmer, affiche des taux de popularité historiquement bas, suscitant la question de savoir s’il est réellement l’un des pires leaders que le Royaume-Uni ait connu. Ses scores, inférieurs à ceux de ses homologues européens, mettent en lumière un climat politique britannique particulièrement difficile.
Selon les derniers sondages, seulement 13 % des Britanniques estiment que Keir Starmer fait du bon travail, tandis que 79 % désapprouvent sa gestion. Ce niveau d’impopularité est sans précédent depuis le début de ces enquêtes en 1977. Même au sein de son propre parti, près de 40 % des membres souhaiteraient le voir remplacé. Ses chiffres sont plus faibles que ceux de personnalités comme Emmanuel Macron en France, Robert Habeck en Allemagne, Pedro Sánchez en Espagne ou encore Giorgia Meloni en Italie.
Mais est-il pertinent de comparer ces chiffres bruts et de conclure à un échec historique ? L’histoire politique britannique est jalonnée de leaders confrontés à des crises majeures et dont le bilan est sujet à débat. Winston Churchill, salué pour avoir mené le pays à la victoire pendant la Seconde Guerre mondiale, était également critiqué pour ses positions colonialistes et ses erreurs stratégiques, comme la désastreuse campagne de Gallipoli. Clement Attlee, artisan de l’État-providence, était quant à lui perçu comme manquant de charisme – Churchill le décrivait ainsi : « modeste, et à juste titre », ajoutant que « lorsqu’un taxi arrivait vide à Downing Street, Clement Attlee en descendait ». David Lloyd George, bien que salué pour ses réformes sociales et sa victoire pendant la Première Guerre mondiale, a également été entaché par des accusations de corruption et sa gestion de l’économie de l’entre-deux-guerres.
La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a semblé marquer un tournant, avec une succession de leaders britanniques dont les carrières se sont soldées par des échecs. Theresa May a négocié de manière maladroite les conditions du Brexit, Liz Truss a failli ruiner l’économie britannique en quelques semaines, Boris Johnson a été discrédité par des scandales et Rishi Sunak peine à résoudre les problèmes économiques persistants.
Certains analystes estiment que Starmer est victime d’une époque marquée par le cynisme et la désillusion des électeurs. Contrairement à Margaret Thatcher et Tony Blair, qui ont su imposer leurs visions et remporter des élections, Starmer peine à convaincre et à inspirer. Thatcher, par exemple, a mené une politique de privatisations massives et a affaibli les syndicats, tandis que Blair a facilité le processus de paix en Irlande du Nord et a modernisé le pays.
Comparer les leaders de différentes époques est une tâche complexe. Les défis auxquels ils sont confrontés, les normes politiques et les attentes du public évoluent constamment. À l’ère des réseaux sociaux et de la désinformation, il est difficile de savoir comment le public aurait jugé des figures historiques comme Churchill ou Disraeli.
Dans le contexte actuel, Keir Starmer est confronté à des problèmes majeurs tels que la crise du coût de la vie, le manque de logements abordables, le réchauffement climatique et un sentiment général de pessimisme quant à l’avenir. Les électeurs sont en colère, désillusionnés et ont perdu confiance dans le système politique. Comme l’a dit Churchill, les Britanniques aiment recevoir de mauvaises nouvelles, mais il semble que même cela ne suffise plus à apaiser leur frustration.