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Là où le passeport suisse est particulièrement demandé – et là où il ne l’est pas

Une curiosité se dessine dans le paysage de la naturalisation suisse : les demandes de passeport helvétique affluent dans les zones aisées, même si peu d'habitants y remplissent les critères requis, tandis que les communautés où les conditions…

Là où le passeport suisse est particulièrement demandé – et là où il ne l’est pas

Une curiosité se dessine dans le paysage de la naturalisation suisse : les demandes de passeport helvétique affluent dans les zones aisées, même si peu d’habitants y remplissent les critères requis, tandis que les communautés où les conditions sont réunies voient souvent leurs démarches rester lettre morte. Une disparité géographique qui interroge sur les motivations et les obstacles à l’acquisition de la citoyenneté.

Des données récentes du canton de Zurich, véritable microcosme de la Suisse avec ses villes, ses campagnes et ses agglomérations, mettent en lumière cette tendance. Sur la « Côte d’Or », la rive droite du lac de Zurich, les communes prospères enregistrent un nombre élevé de demandes de naturalisation, malgré un faible pourcentage de résidents éligibles. À Küsnacht, par exemple, 6,8 demandes ont été déposées pour 1 000 habitants l’année dernière, alors que seulement 9,5 % de la population remplit les conditions formelles. Des chiffres comparables sont observés à Zollikon, Herrliberg et Meilen.

À l’inverse, dans les communes où un nombre important de personnes pourraient théoriquement demander la naturalisation – c’est-à-dire celles résidant en Suisse depuis au moins dix ans et détenant un permis C – le nombre de candidatures reste étonnamment bas. À Schlieren, par exemple, 22,7 % de la population pourrait être naturalisée, mais seulement six demandes sont déposées pour 1 000 habitants. La situation est similaire à Dietikon, où 22,1 % des habitants seraient éligibles, mais seulement 6,3 demandes sont enregistrées pour 1 000 habitants.

Selon les autorités zurichoises, la simple proportion d’étrangers ne suffit pas à expliquer cette disparité. L’analyse des données de l’Office cantonal de la statistique révèle un schéma plus complexe. Les communes aisées attirent des candidats qui, souvent, remplissent facilement les critères d’éligibilité. Un représentant communautaire, cité anonymement dans l’étude, explique : « Sur la Côte d’Or, nous avons des candidats très instruits et riches, les exigences sont facilement remplies. »

Depuis 2018, la loi suisse sur la naturalisation a été modifiée, réduisant la durée minimale de séjour de douze à dix ans, mais renforçant les exigences en matière de compétences linguistiques et d’indépendance économique. Une étude de la Commission fédérale des migrations, publiée en 2024, confirme que le profil des personnes naturalisées a évolué. Les chercheurs parlent d’un « privilège des personnes hautement qualifiées et aisées ». Avant la réforme, environ un tiers des personnes naturalisées possédaient un diplôme universitaire ; ce chiffre est désormais supérieur à la moitié, tandis que la proportion de personnes sans formation supérieure est passée de près de 24 % à moins de 9 %.

Cette évolution est liée aux nouvelles exigences. Les personnes les plus instruites disposent généralement de revenus plus élevés et des compétences linguistiques nécessaires. À l’inverse, celles qui ont bénéficié de l’aide sociale ou qui rencontrent des difficultés avec la langue ont beaucoup moins de chances de voir leur demande aboutir.

La question de la naturalisation est également au cœur d’un débat politique au niveau fédéral. L’initiative « Pour des droits civiques modernes », déposée fin 2024, propose une réforme en profondeur, visant à uniformiser la procédure de naturalisation à l’échelle de la Suisse et à faciliter l’accès au passeport suisse. Concrètement, elle prévoit de réduire la durée de séjour requise à cinq ans et de limiter les conditions préalables à la connaissance de base d’une langue nationale et à l’absence de condamnations pénales graves. Cette initiative est soutenue par des organisations telles qu’Opération Libero, la Fondation pour la démocratie directe et Unia, ainsi que par le Parti socialiste et les Verts. Le Conseil fédéral s’y oppose.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.