Publié le 2025-12-30 10:49:00. Alors que les bilans littéraires de 2025 fleurissent, Lasexta.com propose une contre-proposition : une sélection de livres qui offrent une beauté profonde, même face aux sombres réalités du monde actuel.
- Le jardinier et la mort de Guéorgui Gospodinov, un roman poignant sur le deuil et l’héritage paternel, est salué comme un chef-d’œuvre.
- Tara Tari. Mes ailes, ma liberté de Capucine Trochet raconte un voyage en solitaire à travers l’Atlantique, une quête de vitalité face à la maladie.
- un sort de Paula Melchor, un recueil de poèmes, explore l’innocence, la tendresse et la beauté fragile de l’existence.
À l’heure où les listes des « meilleurs livres de l’année » se multiplient, Lasexta.com choisit une voie différente. Loin de se contenter de célébrer les œuvres unanimement acclamées, la publication propose une sélection de titres qui, selon elle, offrent une beauté singulière, capable de résonner avec les épreuves et les incertitudes de notre époque. L’objectif ? Contrer, par la puissance de la littérature, le sentiment de désolation face aux défis contemporains.
Mais qu’est-ce qui définit un « beau livre » ? Pour les auteurs de cette sélection, il ne s’agit pas nécessairement d’œuvres idylliques ou optimistes. Il s’agit plutôt de textes qui parviennent à extraire une profonde esthétique des expériences les plus inattendues, qu’il s’agisse du chagrin lié à la perte d’un être cher ou de la réévaluation de son propre passé.
La beauté, soulignent-ils, ne réside pas dans le sujet abordé, mais dans la manière dont il est traité. C’est cette capacité à transformer l’ordinaire, voire le douloureux, en quelque chose d’extraordinaire qui confère à un livre sa véritable valeur.
Le jardinier et la mort
Guéorgui Gospodinov
Traduction de María Vútova
Éditorial : Obstacles
Le début de roman de l’année – et peut-être du siècle, selon les mots de la critique – est l’œuvre de l’auteur bulgare Guéorgui Gospodinov, dont le nom circule de plus en plus souvent parmi les prétendants au prix Nobel de littérature. Le jardinier et la mort explore la mort de son père, en retraçant son parcours de vie et les conséquences de sa disparition, à partir d’une phrase d’une simplicité bouleversante :
« Mon père était jardinier. Maintenant, c’est un jardin. »
Guéorgui Gospodinov
Cette phrase, concise et précieuse, renferme tout l’essence du livre : une déclaration d’amour, de respect et d’attention envers la vie, les émotions et, plus particulièrement, envers le père de l’auteur. En tissant ensemble des souvenirs d’enfance, des scènes de la maladie de son père et des réflexions sur sa mort et les jours qui ont suivi, Gospodinov crée une œuvre esthétiquement parfaite et d’une profondeur émotionnelle indéniable.
Lire ce livre, c’est plonger au cœur de ses propres émotions, se remémorer la perte d’un être cher, ou même imaginer sa propre fin… et se demander si l’on peut laisser derrière soi la même beauté que le père de Georgi Gospodinov a laissée en lui.
Tara Tari. Mes ailes, ma liberté
Capucine Trochet
Traduction de Christophe Morales Bonilla
Éditeur : Almayer
Se lancer dans un voyage en voilier relève d’un romantisme audacieux, d’une passion pour la mer, les bateaux et l’aventure. Mais en explorant l’histoire racontée dans Tara Tari. Mes ailes, ma liberté, on découvre que ce voyage est bien plus qu’une simple expression d’amour. C’est un acte de réaffirmation de la vie, un saut dans l’inconnu.
Capucine Trochet partage son expérience personnelle : celle d’un voyage transatlantique à bord du Tara Tari, un petit voilier qui, en théorie, ne devrait pas s’aventurer au-delà d’une rivière. Pendant dix mois, sans moteur, sans électronique et sans ressources financières, elle s’est laissée porter par les éléments.
C’est au cours de ce périple qu’elle découvre l’origine de la maladie qui la ronge depuis longtemps : le syndrome d’Ehlers-Danlos, une affection caractérisée par une hypermobilité des articulations et une fragilité des tissus. Le récit de Capucine Trochet est une ode à la vie, à la force de persévérer et à la beauté qui réside dans la simplicité et l’authenticité.
un sort
Paula Melchor
Éditorial : Letraversal
L’histoire d’une jeune fille née avant les hommes, fille de la nature, qui tombe amoureuse d’un garçon beau mais cruel, qui chante de petites chansons dans les villages à la recherche d’affection, et qui souffre de son indifférence, est un portrait empreint de beauté.
L’innocence d’un regard pur sur le monde, la tendresse de celui qui aspire à caresser le vent et à sourire face à la tristesse, sont palpables dans ces vers humides et frais. un sort est un recueil de poèmes magnifiquement illustré, riche en images suggestives.
« Me regarderais-tu ? / Me regarderais-tu mourir et me relever ? / Voudrais-tu lécher le sang de mon ventre ? / S’ils me tuaient, le ferais-tu ? »
Paula Melchor
Il est essentiel de se tourner plus souvent vers la poésie. Nous devons affronter la réalité avec des vers et comprendre le monde de la manière la plus lyrique possible. Seule la poésie peut nous sauver, et Paula Melchor est une porte d’entrée magnifique vers cet univers.
Le début du monde
Jérémie Gamboa
Éditeur: Alfaguara
Il y a une beauté particulière dans le regard d’un jeune homme vaincu. Manuel Flores revient à Lima après avoir échoué dans sa tentative de poursuivre une carrière universitaire aux États-Unis. Sa passion pour la littérature n’a pas suffi à surmonter les obstacles américains et son désir d’intégration.
Mais cet échec devient, presque malgré lui, le catalyseur de la redécouverte de son propre passé. Les rues de son quartier, la maison de sa mère, ses amis d’enfance et même le professeur qui lui a appris à lire resurgissent dans son présent, lui offrant l’occasion de réfléchir sur l’éducation, l’enfance, l’amitié et l’amour.
Le début du monde est un roman de mille pages qui ne paraît jamais long. C’est un voyage lent et agréable, du début à la fin. Une promenade mémorable en compagnie de Jeremías Gamboa, un écrivain doté d’un talent unique pour jongler avec le temps et les voix.
Une femme à aimer
Théodore Kallifatides
Traductrices : Eva Gamundi Alcaide et Carmen Montes Cano
Éditorial : Galaxia Gutemberg
Une fois de plus, la mort nous offre l’un des plus beaux moments littéraires de l’année. Olga était l’une des meilleures amies de Theodor Kallifatides. L’écrivain grec l’a rencontrée à son arrivée en Suède, à la recherche d’un avenir meilleur. Une profonde amitié s’est développée entre eux, nourrie par leur amour commun pour la littérature.
Lorsque Olga est décédée – trop tôt, emportée par un cancer – Kallifatides lui a promis d’écrire un livre en sa mémoire. Mais réalisant que la fiction ne pouvait pas rendre justice à sa personnalité, il a écrit ce magnifique Une femme à aimer. Un texte à mi-chemin entre mémoires et essai, une réflexion sur la vie, l’amitié et l’éternité.
Il est un plaisir de lire Kallifatides, car il réfléchit avec calme, écrit avec rythme et s’exprime avec clarté. Ses réflexions sont à la fois belles et stimulantes, des qualités rares, surtout dans un livre né du chagrin et destiné à perdurer dans le temps.
Clair
Carys Davies
Traducteur : Gabriel Insausti
Éditeur : Asteroid Books
Les paysages décrits par Carys Davies dans Clair sont empreints d’une poésie particulière. Les falaises abruptes, les prairies d’herbes hautes balayées par les vents violents, les marécages, les petites lagunes et la mer puissante et implacable qui entoure tout. L’histoire se déroule sur une petite île de l’archipel des Orcades, ces îles écossaises situées au nord du Royaume-Uni, sur la route de la Norvège.
C’est là que John Ferguson, pasteur d’une branche de l’église presbytérienne, se rend pour trouver de l’argent pour sa congrégation. Il accepte donc la mission de se rendre dans cet endroit isolé pour tenter de convaincre Ivar, le dernier agriculteur de l’île, un homme solitaire et barbu, de quitter ses terres.
Aucun des deux ne parle la langue de l’autre, mais peu à peu, ils parviennent à se comprendre. Entourés d’une nature hostile, confrontés à leurs destins, l’humanité qui réside en chacun d’eux permet aux deux seuls habitants de cette île de créer des liens et de se rapprocher.
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