Washington a frappé un coup d’arrêt contre plusieurs figures européennes critiques envers la désinformation en ligne. L’administration Trump a annoncé le 23 décembre 2025 l’interdiction de territoire américain pour l’ancien commissaire européen Thierry Breton et quatre autres militants, les accusant de constituer un obstacle à la diffusion des idées américaines en Europe.
Cette décision, révélatrice selon de nombreux observateurs, illustre un rapprochement inquiétant entre le mouvement populiste nationaliste « Make America Great Again » (MAGA) et les géants de la technologie américaine. L’essayiste italien Giuliano da Empoli, dans son ouvrage L’Heure des prédateurs (Gallimard, 2025), souligne que cette alliance n’est pas fortuite, mais bien structurelle. L’ascension de ces entreprises technologiques coïncide avec celle d’un parti politique qui ambitionne de restaurer une certaine grandeur passée à l’Amérique.
L’influence des réseaux sociaux dans l’essor du mouvement MAGA est indéniable. La campagne de Donald Trump en 2016 n’aurait pas été la même sans Twitter – rebaptisé X après son rachat par Elon Musk en 2022. Les tweets signés « vraiDonaldTrump » ont joué un rôle crucial dans la mobilisation de ses partisans, culminant avec la marche sur le Capitole le 6 janvier 2021. Comme le souligne Giuliano da Empoli, sur ces plateformes, « la viralité l’emporte sur la vérité ». Elles servent de vecteur au national-populisme, un mélange de simplifications excessives, de théories du complot, de mensonges éhontés, de nihilisme anti-élitiste et d’ultranationalisme.
Les réseaux sociaux ont ainsi permis l’émergence d’une communauté virtuelle antisystème, avide de rupture, voire de révolution. Dans cet espace, les faits sont souvent relégués au rang d’opinions subjectives, celles des « autres ». En supplantant les médias traditionnels, soumis aux règles de la diffamation, les plateformes numériques sont devenues une source d’information privilégiée pour une part croissante de la population américaine.
L’attachement à la post-vérité est un élément central de cette dynamique. Les sanctions du 23 décembre 2025 visent à punir ceux qui, selon l’administration Trump, tentent de « censurer » les idées américaines en Europe et au Royaume-Uni. Les cinq personnes visées sont désormais interdites de séjour aux États-Unis.