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L’Argentine se place au plus bas du multilatéralisme

by Amélie Bernard

Publié le 26 septembre 2024. L’Argentine s’éloigne progressivement de ses traditions diplomatiques multilatérales, une orientation qui inquiète quant à sa capacité à défendre ses intérêts et à contribuer à la résolution des défis mondiaux.

  • Le gouvernement actuel a rompu avec une politique étrangère basée sur le multilatéralisme, inaugurée par Carlos Saavedra Lamas en 1936.
  • Cette rupture se manifeste par des retraits d’organisations internationales, des votes contraires aux résolutions de l’ONU et un désengagement dans des domaines clés comme l’écologie et les droits humains.
  • Des experts soulignent que cette approche unilatérale risque d’isoler l’Argentine et de compromettre sa position sur la scène internationale.

Historiquement, l’Argentine a joué un rôle actif et responsable au sein des organisations internationales, notamment l’Organisation des Nations unies (ONU), dont elle est l’un des 51 membres fondateurs. Dès les années 1950, le pays s’est impliqué dans le processus de décolonisation, contribuant à l’intégration de nouvelles nations dans la communauté internationale. Cette tradition s’est traduite par un engagement fort en faveur des droits humains, économiques et sociaux, ainsi que par une participation significative aux opérations de maintien de la paix.

L’attribution du prix Nobel de la paix à Carlos Saavedra Lamas en 1936, alors ministre des Affaires étrangères, marque un tournant dans la politique étrangère argentine. Saavedra Lamas a promu une approche basée sur la défense de la paix, le multilatéralisme et la résolution pacifique des conflits, privilégiant le droit, la médiation et la diplomatie à la force. Il a également plaidé pour l’universalisation des droits sociaux, économiques et du travail, anticipant les enjeux de l’interdépendance mondiale.

La rupture actuelle s’est manifestée de manière significative le 22 septembre 2024, lorsque le gouvernement du président Javier Milei s’est désengagé du Pacte pour le futur des Nations Unies. Cet acte, selon des observateurs, a déstabilisé des décennies de traditions diplomatiques argentines et a marqué un recul du multilatéralisme dans la politique étrangère du pays. D’autres décisions récentes confirment cette tendance, notamment le retrait de l’Organisation mondiale de la santé annoncé en février 2024 et le désengagement de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), où l’Argentine avait déployé des observateurs depuis 1958.

Cette politique étrangère, axée sur un alignement sélectif avec certains pays, rend difficile la résolution des problèmes mondiaux complexes, tels que le changement climatique et les conflits régionaux. L’Argentine s’est ainsi distanciée de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, du Protocole de Kyoto et de l’Accord de Paris, se contentant d’une participation technique limitée aux conférences internationales sur le climat. De même, le pays a adopté une position critique à l’égard des résolutions de l’ONU concernant la question palestinienne, rompant avec la reconnaissance de l’État de Palestine dans les frontières de 1967.

Lors du sommet du G20 en Afrique du Sud, le 22 novembre dernier, l’Argentine s’est également distinguée en ne soutenant pas la déclaration finale, invoquant des « lignes rouges ». Une attitude jugée difficile à justifier dans le cadre des négociations multilatérales, qui reposent généralement sur des concessions mutuelles et des accords consensuels. Comme le soulignent les diplomates, le mécanisme de réservation existe pour exprimer des désaccords spécifiques sans pour autant remettre en cause l’engagement global.

Dans un contexte mondial marqué par l’interdépendance et la complexité des défis, le multilatéralisme apparaît plus que jamais comme un outil essentiel pour la construction de la paix et la coopération internationale. Rejeter l’Agenda 2030 pour des raisons de souveraineté, en ignorant que l’ONU ne constitue pas un gouvernement supranational, signifie se marginaliser sur la scène mondiale. Les défis du XXIe siècle ne peuvent être relevés que par la coopération et le partenariat avec un maximum de pays partageant les mêmes valeurs.

L’Argentine, forte de son histoire et de ses capacités, doit retrouver son rôle d’acteur mondial responsable, en renforçant les mécanismes universels face aux dangers de fragmentation identitaire et en promouvant une concertation de leadership moral autour de la conviction que les problèmes mondiaux nécessitent des solutions coopératives dans un cadre multilatéral.

Ambassadeur, membre du service extérieur de la nation.

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