Publié le 2 février 2026 10:32:00. L’American Repertory Theatre de Cambridge présente une adaptation musicale touchante du roman à succès Merveille, explorant les thèmes de l’empathie, de l’acceptation et de la gentillesse, avec une particularité : le rôle principal est interprété par un acteur présentant une différence faciale réelle.
- La comédie musicale Merveille suit Auggie Pullman, un jeune garçon entrant en cinquième année après avoir été scolarisé à domicile en raison de sa différence faciale.
- La production se distingue par le choix de Garrett McNally (et Max Voehl en alternance) pour incarner Auggie, un acteur présentant une différence faciale réelle, plutôt qu’un maquillage artificiel.
- L’œuvre, basée sur le roman de R.J. Palacio et le film qui a suivi, aspire à promouvoir l’empathie et la gentillesse, mais soulève également des questions sur la complexité de ces vertus.
L’American Repertory Theatre (ART) de Cambridge présente jusqu’au 8 février une adaptation musicale de Merveille, l’histoire captivante d’Auggie Pullman. Ce récit, initialement un roman acclamé de R.J. Palacio publié en 2012 et vendu à plus de 16 millions d’exemplaires dans plus de 50 langues, a ensuite connu une adaptation cinématographique réussie en 2017 avec Owen Wilson et Julia Roberts. La nouvelle version, avec une musique et des paroles signées A Great Big World (Ian Axel et Chad King) et une mise en scène de Taibi Magar, explore les défis et les triomphes d’un jeune garçon qui doit affronter le monde après avoir été protégé par l’école à la maison.
L’intrigue suit Auggie alors qu’il entre en cinquième année, confronté aux inévitables difficultés de l’intégration scolaire : moqueries, intimidation et le regard des autres. Le directeur de l’école confie à un petit groupe d’élèves la mission de se lier d’amitié avec lui, une tâche qui s’avère plus ardue que prévu. Au fil de l’histoire, Jack, l’un de ces élèves, parvient à voir au-delà de l’apparence d’Auggie et à devenir son véritable ami, illustrant ainsi le pouvoir transformateur de l’acceptation.
L’un des aspects les plus remarquables de cette production est le choix de Garrett McNally (et de Max Voehl en alternance) pour incarner Auggie. Contrairement au film, où Jacob Tremblay était maquillé pour simuler une différence faciale, la comédie musicale a mené une recherche nationale pour trouver un acteur présentant une différence faciale réelle. Cette décision, saluée par la critique, confère une authenticité et une émotion particulière à la performance.
La pièce ne se limite pas à l’histoire d’Auggie. Elle explore également les sentiments complexes de sa sœur, Via, interprétée par Kaylin Hedges, tiraillée entre son amour pour son frère et le sentiment d’être éclipsée par son handicap. La performance de Paravi, dans le rôle de Miranda, la meilleure amie de Via, est également remarquable, dépeignant les difficultés d’une famille en crise. Donovan Louis Bazemore, dans le rôle de Jack, apporte une énergie et une empathie palpables à son personnage.
Sarah Ruhl, la dramaturge, a introduit un personnage absent du livre et du film : Moon Boy (interprété par Nathan Salstone), un ami imaginaire et alter ego d’Auggie, vêtu d’une combinaison spatiale. Si sa première apparition, flottant dans l’espace aux côtés d’Auggie, est saisissante, ses apparitions ultérieures, plus terrestres, sont parfois moins efficaces et peuvent distraire l’attention.
Les décors de Matt Saunders et les éclairages de Bradley King créent une atmosphère à la fois belle et évocatrice, permettant de passer facilement de scènes intimes et familiales à des environnements plus vastes, voire cosmiques. L’éclairage utilise des motifs évoquant à la fois un ciel étoilé et les pixels d’un écran d’ordinateur, en référence à la passion d’Auggie pour le jeu vidéo Minecraft.
La musique et les paroles de A Great Big World sont inégales. Les solos des parents d’Auggie, Isabel (interprétée par Alison Luff) et Nate (interprété par Javier Muñoz), sont particulièrement touchants. La chanson d’Isabel, « You are Beautiful », est une déclaration d’amour sincère et émouvante, tandis que « Moon Boy », chantée par Nate, exprime son tendre amour pour son fils. Ces chansons douces et feutrées sont les plus réussies de la partition.
En revanche, les chansons destinées aux jeunes acteurs sont souvent plus entraînantes et didactiques, avec des paroles qui peuvent parfois ressembler à des slogans (« Choose Kind », « Change the Way We See »). Elles insistent sur les thèmes centraux de l’œuvre, mais peuvent manquer de subtilité.
Comme le souligne l’auteur, John Keats critiquait la poésie qui « a un dessein palpable sur nous ». On pourrait en dire autant de cette comédie musicale, qui aspire ouvertement à nous rendre plus empathiques et à nous inciter à « choisir la gentillesse ». Si de telles vertus peuvent sembler rares et précieuses en ces temps troublés, la pièce ne va pas très loin dans son exploration de la complexité de la gentillesse. Il serait souhaitable de voir des œuvres théâtrales plus audacieuses, abordant des thèmes plus difficiles et suscitant des réflexions plus provocatrices.
Un article récent du New York Times (15 décembre 2025) citait Kirsten Coury, la directrice artistique du Gulfshore Playhouse, qui a déclaré que son mantra était « up and known ». Autrement dit, elle privilégie les spectacles optimistes et familiers. Merveille correspond parfaitement à cette description. Espérons que l’ART ne se laissera pas influencer par cette tendance et continuera à proposer des œuvres plus audacieuses et stimulantes.
Martin B. Copenhague vit à Woodstock, Vermont, et à Cambridge, Massachusetts. Il est l’auteur de neuf livres, mais il est particulièrement fier de sa sauce bolognaise, qui a fait l’objet d’un article dans un magazine national.
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