La demande croissante d’énergie liée au développement de l’intelligence artificielle et des centres de données pousse le secteur énergétique américain à envisager sérieusement le nucléaire. Duke Energy, l’un des principaux fournisseurs d’électricité du pays, a franchi une étape décisive en déposant une demande de permis anticipé pour construire une centrale nucléaire sur un site existant en Caroline du Nord.
Cette initiative, officialisée le 30 décembre, marque un tournant dans la stratégie énergétique de l’entreprise et pourrait redéfinir le paysage électrique des années 2030. Elle signale une transition concrète, passant des études de faisabilité aux investissements physiques, et offre aux investisseurs une opportunité stable dans un secteur en pleine mutation.
Duke Energy a choisi le site de la centrale à vapeur de Belews Creek, dans le comté de Stokes, pour ce projet ambitieux. Cette décision stratégique s’explique par la volonté de l’entreprise de minimiser les coûts et de réduire les délais de construction. En réutilisant les infrastructures existantes – lignes de transmission, accès à l’eau, main-d’œuvre qualifiée – Duke Energy espère contourner les obstacles traditionnels qui freinent le développement de l’énergie nucléaire.
L’entreprise n’a pas encore pris de décision définitive quant à la technologie du réacteur qui sera utilisée. Sa demande de permis inclut six conceptions de réacteurs avancés, provenant d’acteurs établis et de nouveaux entrants sur le marché. Cette approche technologiquement neutre permet à Duke Energy de rester flexible et d’évaluer les options les plus performantes pendant la phase d’examen réglementaire, qui pourrait durer jusqu’à trois ans. La mise en service de la première unité est prévue pour 2036.
Pour les investisseurs, ce projet présente un modèle économique attractif. Les services publics réglementés, comme Duke Energy, bénéficient d’une base tarifaire garantie. Les coûts de construction d’une centrale nucléaire sont considérés comme des actifs, et l’entreprise est autorisée à facturer aux clients des tarifs qui couvrent ces coûts, ainsi qu’une marge bénéficiaire. Cette structure offre une visibilité sur les résultats et soutient la distribution de dividendes, ce qui en fait un investissement potentiellement stable et rentable.
La démarche de Duke Energy a également des implications pour d’autres acteurs du secteur. L’inclusion de la conception de la centrale électrique VOYGR de NuScale Power dans la demande de permis constitue une validation importante pour cette entreprise, qui développe des petits réacteurs modulaires (SMR). Cette reconnaissance par un grand opérateur de réseau renforce la crédibilité de NuScale et pourrait stimuler l’investissement dans ses technologies.
Par ailleurs, le calendrier de Duke Energy contraste avec celui d’entreprises plus agiles, comme OkloRC, qui visent un déploiement plus rapide. Duke Energy privilégie la stabilité et la conformité réglementaire, tandis qu’OkloRC mise sur la rapidité et l’exposition directe à la demande des centres de données. Oklo a inauguré ses installations dans l’Idaho en septembre 2025 et ambitionne un déploiement d’ici 2027 ou 2028, après avoir obtenu l’approbation du ministère de l’Énergie pour son analyse de sécurité de fabrication de combustible le 16 décembre 2025.
La recherche d’une énergie propre et fiable, disponible en continu, est devenue une priorité. L’énergie nucléaire est de plus en plus perçue comme une solution essentielle pour compléter les énergies renouvelables intermittentes, comme le solaire et l’éolien. La demande de permis de Duke Energy témoigne de l’engagement du réseau électrique du sud-est des États-Unis en faveur d’un avenir nucléaire.
Pour les investisseurs, le choix entre Duke Energy et des entreprises plus innovantes comme NuScale ou OkloRC dépend de leur tolérance au risque. Duke Energy offre une sécurité et une stabilité, tandis que les autres options présentent un potentiel de croissance plus élevé, mais également un risque accru.