Publié le 2 janvier 2026. L’adoption par la Corée du Sud d’un amendement à sa loi sur les réseaux d’information et de communication suscite de vives inquiétudes aux États-Unis, qui y voient une menace pour la liberté d’expression et un obstacle potentiel au commerce numérique. Washington a exprimé sa préoccupation face à une législation perçue comme susceptible de porter atteinte aux activités des plateformes américaines en ligne.
- Les États-Unis craignent que la nouvelle loi ne devienne un outil de censure déguisé, affectant négativement les entreprises américaines opérant en Corée du Sud.
- L’amendement élargit la définition des contenus interdits, incluant désormais les « informations fausses et fabriquées », et prévoit des sanctions financières potentiellement lourdes.
- Washington a déjà pris des mesures concrètes, interdisant l’entrée à des responsables européens impliqués dans une législation similaire, signalant une volonté de défendre fermement la liberté d’expression en ligne.
Le Département d’État américain a officiellement exprimé ses préoccupations le 31 décembre, soulignant l’impact négatif de l’amendement sur les plateformes en ligne américaines et son atteinte à la liberté d’expression. Cette réaction intervient après des déclarations de Sarah Rogers, sous-secrétaire d’État américaine à la diplomatie publique, concernant la loi coréenne. En novembre dernier, la Corée et les États-Unis s’étaient engagés à garantir que les entreprises américaines ne soient pas soumises à des discriminations ou à des obstacles inutiles dans le domaine des services numériques.
Au cœur de cette révision législative se trouve un élargissement significatif de la portée des contenus passibles de sanctions. Jusqu’à présent, seuls les contenus « illégaux » étaient concernés. L’amendement introduit désormais la notion d’« informations fausses et fabriquées », ouvrant la voie à des poursuites et à des dommages-intérêts punitifs pouvant atteindre le quintuple du montant initial en cas de violation. Des organisations de défense des droits civiques, comme la Solidarité des citoyens pour la réforme des médias, s’inquiètent de la définition floue de ces « fausses et fabriquées » informations, craignant que la Commission des normes des médias et des communications de la radiodiffusion ne puisse arbitrairement censurer des contenus qui ne plaisent pas au gouvernement.
Les entreprises américaines pourraient être particulièrement touchées par l’obligation imposée aux « fournisseurs de services d’information et de communication à grande échelle » de prendre des mesures énergiques contre les contenus jugés faux ou manipulés. Ces mesures incluent non seulement la suppression des contenus, mais également le blocage de l’accès aux éditeurs, la suspension de comptes et l’interdiction de monétisation. La loi exige également la création et la publication de politiques opérationnelles détaillées définissant les critères permettant d’identifier les informations fausses, les signalements et les actions à entreprendre. Des géants technologiques américains tels que Google et Meta sont particulièrement attentifs à ces dispositions.
Il est à noter que les plateformes américaines, comme YouTube, ont historiquement été moins proactives dans la lutte contre les contenus illégaux que leurs homologues coréennes, telles que Naver. Cependant, l’élargissement du champ d’application à la désinformation pourrait considérablement accroître leur responsabilité. Bien que la révision de la loi ne vise pas directement les entreprises américaines, Washington la considère comme une potentielle « barrière non tarifaire » et pourrait exercer des pressions commerciales importantes en conséquence.
Le 24 décembre dernier, les États-Unis ont déjà interdit l’entrée sur leur territoire à cinq personnes, dont l’ancien commissaire au numérique européen Thierry Breton, en réponse à l’adoption du Digital Services Act (DSA) par l’Union européenne, qui contient des dispositions similaires. Le vice-président J.D. Vance a alors déclaré : « Nous devons soutenir la liberté d’expression et ne pas attaquer les entreprises américaines ». Face à une telle sensibilité de l’administration américaine, il est impératif d’examiner attentivement les moyens d’apaiser ces inquiétudes lors de la révision des textes réglementaires de niveau inférieur, tels que les décrets présidentiels. Des efforts diplomatiques pour clarifier les positions et résoudre les malentendus pourraient également s’avérer nécessaires.
Au-delà des pressions américaines, les organisations de la société civile et les médias coréens continuent de souligner les problèmes potentiels liés à l’amendement de la loi sur les réseaux. Il est à espérer que le gouvernement coréen en tiendra compte et prendra en considération ces préoccupations.