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« Les femmes, l’autre regard/4 » : la dépendance financière peut conduire à la violence économique

Publié le 2024-05-03 14:35:00. La violence économique contre les femmes, une forme d'abus insidieuse et souvent méconnue, touche près d'une femme sur cinq en Italie. Ce phénomène, désormais reconnu par le droit international, prive les femmes de leur…

« Les femmes, l’autre regard/4 » : la dépendance financière peut conduire à la violence économique

Publié le 2024-05-03 14:35:00. La violence économique contre les femmes, une forme d’abus insidieuse et souvent méconnue, touche près d’une femme sur cinq en Italie. Ce phénomène, désormais reconnu par le droit international, prive les femmes de leur autonomie financière et renforce les inégalités.

  • 22 % des femmes en Italie sont confrontées à une dépendance financière, un chiffre significativement plus élevé que dans d’autres pays européens comme la Pologne (10 %), l’Allemagne et l’Autriche (5 %).
  • La violence économique se manifeste par le contrôle des revenus, l’interdiction d’accéder à son propre argent, ou encore la signature de documents financiers sans pleine compréhension.
  • Les centres anti-violence soulignent l’importance de l’autonomie financière comme un moyen essentiel d’échapper à des relations abusives et de favoriser l’émancipation.

La violence économique, bien que longtemps restée dans l’ombre, est désormais reconnue comme une forme de violence contre les femmes. Définie pour la première fois en 2011 dans l’article 3 de la Convention d’Istanbul, ratifiée par l’Italie en 2013 et entrée en vigueur dans l’ensemble de l’Union européenne en 2023, elle a également été abordée par la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail en 2019. Cette dernière la définit comme « un ensemble de pratiques et de comportements inacceptables » qui peuvent causer un préjudice physique, psychologique, sexuel ou économique.

Selon les données récentes de l’Istat et de l’Université Bicocca de Milan, le pourcentage de femmes en Italie soumises à une dépendance financière atteint 22 % en 2024. Ce chiffre contraste fortement avec celui observé dans d’autres pays européens, où les taux sont plus faibles : 10 % en Pologne et seulement 5 % en Allemagne et en Autriche. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. L’inadéquation de l’emploi féminin, la ségrégation des femmes dans des secteurs de travail peu rémunérés, et les difficultés accrues à concilier carrière et responsabilités familiales (garde d’enfants et/ou de parents âgés) contribuent à cette vulnérabilité. Les stéréotypes culturels jouent également un rôle, limitant l’accès des femmes au crédit et à l’entrepreneuriat.

Dans le cadre plus spécifique de la violence domestique, la violence économique prend des formes variées. Elle peut aller du contrôle strict des revenus de la femme par son partenaire, à l’interdiction d’accéder à son propre argent, en passant par l’empêchement d’ouvrir un compte courant ou d’obtenir une carte de crédit. Le contrôle obsessionnel des dépenses familiales est également une manifestation courante. Dans les cas les plus graves, le partenaire peut contraindre la femme à signer des documents bancaires relatifs à des prêts ou des achats importants, sans lui expliquer clairement les implications financières. Des cas de vol ou de gaspillage des biens de la femme ont également été signalés.

« La violence économique est une forme d’abus qui contrôle et limite les ressources financières d’une femme pour la rendre dépendante, dans le but d’exercer un pouvoir et un contrôle dans la relation. C’est malheureusement un phénomène sous-estimé et difficile à reconnaître, mais très répandu. Il ne s’agit presque jamais d’une urgence soudaine, mais d’un mécanisme d’oppression puissant et silencieux, enraciné dans des dynamiques culturelles qui perpétuent les inégalités. »

Opérateurs du Centre anti-violence de Merate

Les conséquences de la violence économique sont graves, tant pour la victime, qui se retrouve totalement dépendante de son partenaire, que pour les enfants. Selon le dernier rapport des centres anti-violence Di.Re., 4 femmes sur 10 qui signalent des abus n’ont aucun revenu. Cette dépendance économique constitue un obstacle majeur à la sortie d’une relation abusive.

Pour prévenir ces situations à risque, les opérateurs des centres anti-violence recommandent notamment d’avoir un emploi pour garantir son autonomie et sa liberté de choix. La conscience de soi et l’estime de soi sont également essentielles pour reconnaître la violence économique et trouver la force de s’en libérer. Ils conseillent également :

  • D’ouvrir un compte courant personnel pour gérer ses revenus de manière autonome.
  • De contrôler les outils liés à la gestion d’un compte courant détenu conjointement (carte de débit, carte de crédit supplémentaire, assurances, accès aux plateformes de trading en ligne).
  • De connaître précisément le montant des revenus et des dépenses familiales en vérifiant régulièrement les relevés bancaires.
  • D’être vigilant lorsqu’on est impliqué dans une entreprise familiale gérée par le conjoint et de se renseigner sur ses droits.
  • De rejeter les propos discriminatoires, même prononcés devant les enfants.
  • De ne jamais se mettre dans une position de dépendance pour satisfaire ses besoins primaires.
  • De vérifier les pratiques relatives à l’immobilier, en particulier lors d’un achat, et de bien comprendre les conditions des contrats hypothécaires.
  • De ne jamais signer de documents financiers sans avoir reçu des informations claires et complètes sur les frais associés.
  • De ne pas déléguer totalement la gestion des finances et de ne pas agir en tant que garant pour des prêts ou des garanties.
  • De se méfier des offres de prêts à des taux d’intérêt illégaux et de se renseigner pour éviter le surendettement.

Pour plus d’informations et d’aide, vous pouvez consulter le site web de Di.Re. (Donne in Rete contro la violenza).

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.