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Delcy Rodríguez, entre survie du régime et transition

by Nicolas Lefèvre

Publié le 4 janvier 2026 à 04h30. Suite à une opération militaire qui a mené à la capture de Nicolás Maduro, le Venezuela se retrouve dans une situation politique inédite, avec Delcy Rodríguez, la vice-présidente, assumant de facto le pouvoir et ouvrant la voie à des négociations avec Washington.

  • Delcy Rodríguez a été investie de la présidence par intérim suite à la déclaration de « vacance temporaire » du pouvoir présidentiel par la Cour suprême de justice du Venezuela.
  • Les États-Unis, par la voix de Donald Trump, semblent privilégier une stabilisation du pays avec Rodríguez, perçue comme une figure capable de dialoguer, plutôt qu’un conflit plus large.
  • L’avenir du régime chaviste reste incertain, entre maintien du pouvoir et transition négociée, tandis que l’opposition vénézuélienne reste pour l’instant silencieuse.

Caracas est au centre de toutes les attentions après l’annonce de la capture de Nicolás Maduro. Mais, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, c’est Delcy Rodríguez, la vice-présidente, qui s’impose comme la figure clé de cette crise. L’opération militaire, qui a secoué le pays, a laissé le champ libre à une reconfiguration du pouvoir, sous l’œil attentif de Donald Trump.

Vendredi après-midi, la Cour suprême de justice du Venezuela a officialisé la « vacance temporaire » de la présidence, ouvrant la voie à l’investiture de Delcy Rodríguez. Conformément à l’article 234 de la Constitution vénézuélienne, elle assume désormais la présidence par intérim, pour une durée maximale de 90 jours, prolongeable de 90 jours supplémentaires avec l’accord de l’Assemblée nationale. Le Brésil a déjà reconnu Rodríguez comme la dirigeante du Venezuela en l’absence de Maduro.

« Delcy est la clé », confie une source proche de la situation intérieure vénézuélienne. « Elle est intelligente et sera prudente. » Dans un contexte saturé d’informations contradictoires, de propagande et de fausses nouvelles, les prochaines heures s’annoncent cruciales. Personne ne se risque à prédire l’issue de cette crise, mais l’avenir de Nicolás Maduro est désormais plus incertain que jamais.

Fille d’un leader marxiste assassiné en prison en 1976, Delcy Rodríguez a gravi les échelons d’un appareil politique traditionnellement dominé par les hommes. Elle s’est distinguée par sa capacité à dialoguer avec les élites économiques et les acteurs internationaux.

Donald Trump, qui a jugé que l’opposante María Corina Machado ne disposait pas du « respect » et du soutien nécessaires pour diriger le Venezuela dans cette période critique, a révélé que son secrétaire d’État, Marco Rubio, avait eu une « longue conversation » avec Rodríguez. Selon le président américain, la vice-présidente s’est montrée disposée à coopérer avec Washington. Reuters rapporte que Trump a estimé qu’elle n’avait pas le choix.

Quelques heures après l’opération militaire, Delcy Rodríguez a pris la parole pour tracer une ligne rouge : le Venezuela ne deviendra pas une colonie et Nicolás Maduro reste le seul président. Entre ces déclarations publiques de fermeté et des négociations discrètes, Rodríguez évolue dans un espace complexe, à la croisée de la continuité du régime et de sa fin après plus de trois décennies au pouvoir.

Les analystes la considèrent comme une figure modérée au sein du gouvernement, mais cette qualification est nuancée. Elle apparaît comme une personnalité chaviste capable de survivre à une transition supervisée par les États-Unis. « L’objectif principal de Trump à l’heure actuelle est Nicolás Maduro, et non pas de provoquer un conflit plus grave, avec le risque d’une guerre civile », explique la source proche de la situation à Caracas. « Ils vont tenter de stabiliser le pays avec Delcy, qu’ils considèrent comme très chaviste, mais aussi intelligente et capable de dialogue. Et, à partir de là, amorcer une transition qui n’est pas encore clairement définie. »

Les interprétations divergent. Renata Segura, directrice du programme pour l’Amérique latine et les Caraïbes chez International Crisis Group, souligne que les déclarations de Donald Trump montrent que l’éviction de Nicolás Maduro n’était pas l’objectif ultime de Washington. « L’annonce selon laquelle les États-Unis vont désormais “diriger le Venezuela” et prendre le contrôle de l’industrie pétrolière indique l’intention de Washington de rester impliqué dans le pays à long terme », affirme-t-elle. L’incertitude demeure quant à l’avenir : « Les prochaines heures seront déterminantes pour savoir si Delcy Rodríguez ou d’autres membres du mouvement chaviste resteront au pouvoir en accord avec Washington, et s’il y aura des fractures au sein du régime. »

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