Un pétrolier russe, poursuivi par les forces américaines depuis plusieurs semaines, se dirige vers les eaux territoriales irlandaises, suscitant une surveillance accrue de la part des États-Unis et des autorités locales. L’incident, lié aux sanctions américaines contre le Venezuela, pose un défi diplomatique et opérationnel inédit pour l’Irlande.
Dimanche soir, le pétrolier, initialement nommé Marinera et récemment rebaptisé Bella 1, se trouvait à environ 830 kilomètres (450 milles marins) de la côte ouest de l’Irlande. Sa trajectoire actuelle suggère qu’il contournera la zone économique exclusive (ZEE) irlandaise pour rejoindre un port russe en mer du Nord, selon des données satellite analysées par l’Irish Times.
Les États-Unis ont réagi en déployant plusieurs avions de surveillance maritime P-8 Poséidon depuis des bases de l’OTAN au Royaume-Uni et en Islande. Ces avions patrouillent au large de la côte ouest irlandaise, suivant de près le pétrolier. Leur trajectoire diffère significativement des patrouilles habituelles dans l’Atlantique, ce qui témoigne d’une attention particulière portée à cette situation.
Par ailleurs, des mouvements inhabituels d’avions cargo militaires américains ont été observés vers des bases aériennes britanniques. Certains de ces avions provenaient de bases des forces spéciales américaines et transportaient des hélicoptères, laissant entrevoir la possibilité d’une tentative de saisie du pétrolier en haute mer. Cependant, ces mouvements pourraient également être liés à des exercices d’entraînement conjoints avec les forces britanniques ou à d’autres opérations distinctes.
Le pétrolier est activement recherché par les forces navales américaines depuis mi-décembre, après avoir tenté de prendre en charge un chargement de pétrole en provenance du Venezuela. Pour échapper à la surveillance, le navire a changé son nom et son pavillon, passant du Guyana à la Russie. Moscou a accepté d’enregistrer le navire sur son registre maritime et a demandé à Washington de cesser ses poursuites.
L’équipage du navire a même peint un drapeau russe rudimentaire sur sa coque dans une tentative de dissuader ses poursuivants. Selon les autorités irlandaises, cette situation est sans précédent. Les forces de défense et la garde côtière irlandaise ont constaté une augmentation du nombre de navires « fantômes » dans leur ZEE au cours de l’année écoulée, mais n’ont jamais été confrontées à un pétrolier activement poursuivi par un autre pays, réclamant la protection d’un État tiers.
À ce stade, l’Irlande n’a déployé aucun moyen aérien ou naval en réponse à l’approche du pétrolier. L’administration Trump a imposé des sanctions sur les exportations de pétrole vénézuéliennes et a déjà saisi deux pétroliers vénézuéliens. Samedi, les États-Unis ont mené un raid sur Caracas, la capitale vénézuélienne, avec de nombreuses frappes et la capture du président Nicolás Maduro.
« Le passage de ce navire présente une situation très inhabituelle pour les autorités irlandaises », a déclaré une source au sein des forces de défense irlandaises. « Nous suivons la situation de près et sommes en contact avec nos partenaires internationaux. »