Publié le 7 janvier 2026 à 19h19. Les banques sont désormais appelées à intégrer pleinement les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) au cœur de leur stratégie, au-delà des simples déclarations d’intention, pour répondre aux attentes croissantes des investisseurs et des nouvelles générations de clients.
- L’alignement entre la stratégie ESG et le modèle économique est crucial, nécessitant une intégration dans tous les aspects de l’activité bancaire.
- Le développement de compétences internes en matière de décarbonation et de gestion des risques climatiques est une priorité.
- L’investissement dans les technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle, est essentiel pour accélérer la transition durable, tout en gérant les enjeux énergétiques associés.
La transition vers une finance durable ne se limite pas à une simple question de conformité réglementaire. Selon une analyse de Bain & Company, elle exige une transformation profonde des banques, intégrant la durabilité dans leur culture, leurs processus décisionnels et leur offre de services. Il ne s’agit plus de créer une fonction « durabilité » isolée, mais d’imprégner les principes ESG dans l’ensemble des activités, du service client aux décisions de crédit et d’investissement.
« Tout part d’une ambition claire, capable de guider les choix et les actions, et d’objectifs mesurables qui permettent de vérifier le chemin parcouru », explique Marcello Pallotta, associé et responsable italien des services financiers chez Bain & Company. Une gouvernance solide, avec des rôles et des responsabilités clairement définis, est également indispensable pour assurer la continuité et la responsabilité.
Carlo Farina, partenaire des services financiers et expert en développement durable chez Bain & Company, souligne l’importance d’intégrer la durabilité au cœur de l’organisation, et pas seulement au niveau des comités. « Une gouvernance efficace doit se traduire par des rôles clairs, des responsabilités opérationnelles, des incitations et des processus décisionnels cohérents, afin que chaque fonction et chaque employé contribue aux objectifs environnementaux et sociaux. »
Pour mesurer les progrès, des indicateurs précis sont nécessaires, tels que les émissions financières, le ratio d’actifs verts ou l’écart salarial entre hommes et femmes. Ces données doivent être pleinement intégrées dans les systèmes de performance et de transparence.
Les banques progressent également dans la réduction de leur impact environnemental, direct et indirect, et dans le soutien à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. De nombreuses institutions réorientent leurs portefeuilles de crédit, en réduisant leur exposition aux actifs à forte intensité carbone et en fixant des objectifs sectoriels de réduction des émissions financées, certains ayant même obtenu une certification SBTi.
Parallèlement, elles accompagnent leurs clients dans leur propre transition, en développant les financements verts et les prêts liés au développement durable. Le secteur intègre également le risque climatique dans ses processus de gouvernance et ses méthodologies d’évaluation du crédit, en utilisant des outils pour mesurer les risques physiques et de transition.
« Ces initiatives génèrent des bénéfices environnementaux et se traduisent par des avantages compétitifs et en termes de réputation », précise Marcello Pallotta. Selon les estimations de Bain & Company, la contribution globale des banques au financement de la transition bas carbone pourrait atteindre jusqu’à 600 milliards de dollars par an d’ici 2030.
Au-delà de la mise en place d’une offre crédible, les banques doivent impérativement développer une expertise interne sur des questions clés telles que la décarbonation ou le risque climatique. « La transformation ESG est, en fin de compte, une voie génératrice de valeur », affirme Carlo Farina. « La banque parvient à transformer la durabilité en avantage concurrentiel lorsqu’elle aide ses clients à obtenir des avantages tangibles, créant ainsi de la valeur tant pour le marché que pour l’organisation elle-même. »
Cette montée en compétence nécessite un programme structuré et continu, impliquant tous les niveaux de l’entreprise, du top management au personnel de soutien, et combinant compétences techniques et changement de mentalité. Les principaux axes d’amélioration concernent la connaissance des enjeux climatiques, la capacité à traduire la durabilité en valeur commerciale, l’alignement entre stratégie et opérations, et la diffusion d’une culture partagée.
L’investissement dans les technologies avancées est également crucial. « Les nouvelles technologies jouent un rôle de plus en plus central dans la transition durable du secteur bancaire », souligne Marcello Pallotta. Pour en exploiter pleinement le potentiel, les banques doivent repenser leur architecture technologique en adoptant une approche « IA partout », intégrant l’intelligence artificielle dans tous les processus opérationnels et les compétences numériques.
Cependant, l’adoption massive de l’intelligence artificielle soulève un enjeu majeur : l’augmentation de la consommation énergétique et des émissions de Scope 2. Selon le sixième rapport mondial sur la technologie de Bain & Company, si les tendances actuelles se maintiennent, la demande mondiale en énergie pour l’IA pourrait atteindre 200 gigawatts d’ici 2030, dont la moitié serait concentrée aux États-Unis.
Dans ce contexte, les capacités d’analyse avancée sont stratégiques pour évaluer les risques climatiques, construire des scénarios évolutifs, intégrer les critères ESG dans les décisions de crédit et d’investissement, et faire de la durabilité un élément central du modèle économique.
Bain & Company identifie trois domaines à forte valeur ajoutée : les prêts et obligations verts et liés au développement durable, qui permettent de réduire le coût du risque pour les banques disposant de portefeuilles ESG solides.
Au-delà de l’aspect environnemental, l’inclusion sociale et l’éducation financière occupent une place importante dans l’agenda des banques italiennes. Elles renforcent les programmes d’éducation financière, soutiennent les PME et les populations vulnérables, promeuvent l’égalité des sexes et la diversité interne, et intègrent des critères sociaux dans leurs activités de crédit et d’investissement, notamment à travers des obligations sociales et des fonds d’impact.
« La stratégie ESG se traduit par une offre commerciale plus responsable, avec des produits encourageant des comportements durables et des solutions d’investissement à impact social, et par des relations clients basées sur la transparence, le conseil personnalisé et la confiance à long terme », explique Carlo Farina. Ces éléments sont désormais au cœur de l’expérience client dans le secteur des services financiers.
La sensibilité croissante des nouvelles générations de clients et de professionnels est un moteur essentiel de cette évolution. Les jeunes sont de plus en plus attentifs aux questions environnementales et sociales et ont tendance à privilégier les institutions qui démontrent un engagement concret en matière d’ESG. La durabilité est ainsi devenue un élément clé de la proposition de valeur employeur des banques, qui risquent de rencontrer des difficultés à attirer les jeunes talents sans un engagement clair.
Malgré ces avancées, de nombreuses banques peinent encore à communiquer efficacement sur leurs initiatives et n’ont pas pleinement intégré la durabilité dans leurs processus opérationnels. Le chemin vers un modèle bancaire véritablement durable est engagé, mais nécessite un effort structurel pour transformer les aspirations en résultats tangibles et crédibles.
Enfin, la communication de l’engagement ESG doit être authentique, cohérente et intégrée à la stratégie de l’entreprise. En interne, elle doit sensibiliser et responsabiliser tous les collaborateurs, en reliant les objectifs ESG à leur travail quotidien et aux valeurs de l’organisation. En externe, elle doit être transparente, basée sur des résultats mesurables et des exemples concrets, afin de renforcer la crédibilité auprès des clients, des partenaires et des parties prenantes, et de positionner l’entreprise comme un acteur de référence dans la transition durable.
Cet article a été publié dans le numéro de décembre 2025 d’AziendaBanca et est exceptionnellement disponible gratuitement sur le site. Pour recevoir AziendaBanca, vous pouvez vous abonner sur notre boutique.