Home MondeAccords de décembre : les États-Unis signent des accords bilatéraux sur la santé avec 14 pays africains – à quelques exceptions près

Accords de décembre : les États-Unis signent des accords bilatéraux sur la santé avec 14 pays africains – à quelques exceptions près

by Clara Dubois

Les États-Unis ont conclu des accords bilatéraux avec quatorze pays africains, liant l’aide financière à la rapidité du signalement des nouvelles épidémies et, dans certains cas, ouvrant des opportunités commerciales pour les entreprises américaines. Cette initiative, qui s’inscrit dans un contexte de transition du financement du programme PEPFAR, suscite des interrogations sur les priorités de la coopération américaine en matière de santé sur le continent.

Le Kenya a été le premier pays à signer un protocole d’accord, le 5 décembre, s’engageant à investir 850 millions de dollars supplémentaires dans sa santé en échange d’une aide américaine pouvant atteindre 1,6 milliard de dollars sur cinq ans. Cet accord vise à renforcer la lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose, le paludisme, ainsi que la santé maternelle et infantile. Cependant, sa mise en œuvre est actuellement suspendue par une décision de justice, en raison de préoccupations liées à la confidentialité des données des patients et au manque de consultation parlementaire.

Outre le Kenya, les accords ont été signés avec le Rwanda, le Libéria, l’Ouganda, le Lesotho, l’Eswatini, le Mozambique, le Cameroun, le Nigeria, Madagascar, la Sierra Leone, le Botswana, l’Éthiopie et la Côte d’Ivoire. Les montants d’aide promis varient considérablement, allant de 125 millions de dollars pour le Libéria à 1,8 milliard de dollars pour le Mozambique.

Plusieurs pays majeurs, notamment l’Afrique du Sud, la Tanzanie et la République démocratique du Congo (RDC), n’ont pas conclu d’accord. L’Afrique du Sud est confrontée à des tensions politiques avec les États-Unis sur diverses questions, tandis que la Tanzanie est critiquée pour sa restriction des libertés religieuses et d’expression, ainsi que pour les obstacles à l’investissement américain.

Le cas de la RDC est particulier. Au lieu d’un accord de coopération sanitaire, les États-Unis ont signé un « accord de partenariat stratégique » axé sur l’accès aux minéraux critiques, dont la RDC est une source importante. Cette approche soulève des questions sur la priorité accordée aux intérêts économiques par rapport à la santé publique.

Un scénario similaire se dessine en Zambie, où les États-Unis ont conditionné une aide substantielle à des réformes dans le secteur minier et à l’amélioration du climat des affaires. « Nous voulons tirer parti de l’aide américaine pour mettre en œuvre des réformes qui libéreront des investissements commerciaux qui amélioreront l’accès des États-Unis aux chaînes d’approvisionnement critiques et créeront de bons emplois pour le peuple zambien », a déclaré Caleb Orr, secrétaire d’État adjoint américain à l’économie, à l’énergie et aux affaires commerciales.

Ces accords, conclus dans l’urgence avant l’expiration du financement de transition du PEPFAR en mars, doivent encore être traduits en contrats concrets. Emily Bass, une analyste, souligne que l’accès aux ressources naturelles et aux marchés est désormais au cœur de la stratégie américaine en Afrique, reléguant au second plan les considérations traditionnelles d’aide humanitaire.

Le Nigeria a signé un accord d’une valeur de 2,1 milliards de dollars, assorti d’un engagement du pays à augmenter ses dépenses de santé de près de 3 milliards de dollars. Cet accord comprend un financement dédié au soutien des établissements de santé chrétiens, en réponse aux violences ciblant les populations chrétiennes dans le pays. Cinq jours plus tard, les États-Unis ont même lancé des frappes aériennes contre des bases de militants islamistes dans le nord du Nigeria, avec l’accord du gouvernement nigérian.

Les accords mettent également l’accent sur la numérisation des systèmes de santé et le renforcement de la surveillance des maladies, notamment au Rwanda, où 158 millions de dollars seront investis dans ces domaines.

À retenir

  • Les États-Unis lient désormais l’aide sanitaire à des objectifs économiques et stratégiques en Afrique.
  • Plusieurs pays majeurs, dont l’Afrique du Sud et la RDC, sont exclus des accords de coopération sanitaire.
  • La rapidité de la conclusion de ces accords soulève des questions sur la transparence et la participation des parlements nationaux.

Contexte

Le programme PEPFAR, lancé en 2003, a été un pilier de la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique. Sa transition vers de nouveaux mécanismes de financement a créé une opportunité pour les États-Unis de redéfinir leurs priorités en matière de santé sur le continent.

Ce qui change

Les nouveaux accords impliquent un changement de paradigme, où l’aide sanitaire est de plus en plus conditionnée à des objectifs économiques et stratégiques, tels que l’accès aux ressources naturelles et la coopération dans le secteur minier. Cela pourrait avoir des conséquences importantes pour la santé publique dans les pays africains, en particulier pour ceux qui ne sont pas en mesure de répondre aux exigences américaines.

Prochaines étapes

Il sera crucial de suivre la mise en œuvre effective des accords, la traduction des protocoles d’accord en contrats concrets, et l’impact de ces nouvelles conditions sur l’accès aux soins de santé en Afrique. La situation en Afrique du Sud, en Tanzanie et en RDC reste particulièrement à surveiller.

Chiffres clés

  • 14 : Nombre de pays africains ayant signé un accord bilatéral avec les États-Unis.
  • 1,6 milliard de dollars : Montant maximal de l’aide américaine promise au Kenya.
  • 1,8 milliard de dollars : Montant de l’aide américaine promise au Mozambique.
  • 2,1 milliard de dollars : Montant de l’aide américaine promise au Nigeria.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.