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Lénacapavir : bouger les lignes avec le modèle «Netflix»

by Amélie Bernard

Publié le 2026-01-09 22:38:00. Pour rendre accessible un nouveau traitement préventif contre le VIH, d’une efficacité quasi-parfaite, des chercheurs proposent un modèle d’abonnement inspiré de plateformes comme Netflix, afin de contourner les barrières financières qui freinent son adoption à grande échelle.

  • Le lénacapavir, un médicament injectable à longue durée d’action, présente une efficacité de 96 à 100 % dans les essais cliniques.
  • Son coût élevé, estimé à plus de 28 000 dollars (26 000 €) par an aux États-Unis, constitue un obstacle majeur à son utilisation généralisée.
  • Un système de licence par abonnement pourrait permettre aux assureurs de payer une somme forfaitaire pour un accès illimité au médicament, comme c’est déjà le cas pour certains traitements contre l’hépatite C.

L’arrivée du lénacapavir représente une avancée majeure dans la prévention du VIH. Ce médicament, administré par injection deux fois par an, offre une protection quasi-totale contre l’infection, comparable à celle d’un vaccin. Cependant, son prix exorbitant menace de limiter son impact sur la lutte contre l’épidémie, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

L’expérience du cabotégravir, une autre prophylaxie pré-exposition (PrEP) injectable commercialisée depuis 2021, illustre ce problème. Malgré son efficacité, elle ne représente que 3 % des prescriptions américaines en 2025, en raison d’un coût annuel compris entre 22 000 et 25 900 dollars (20 000 à 24 000 €). Les utilisateurs préfèrent cette forme injectable, mais le prix constitue un frein infranchissable pour beaucoup.

Le lénacapavir, dont le prix de gros aux États-Unis s’élève à 28 218 dollars (26 000 €) par an, alors que son coût de production est estimé à moins de 100 dollars (92 €), suscite des interrogations. Ce contraste est d’autant plus frappant que des accords de licence volontaires ont permis de négocier un prix de 40 dollars (37 €) par an pour les pays couverts, grâce à des négociations menées par Unitaid, la Clinton Health Access Initiative et la Fondation Gates. Un article publié sur VIH.org détaille ces accords.

Dès juin 2025, l’Onusida avait appelé Gilead, le laboratoire commercialisant le lénacapavir, à revoir ses prix, en s’appuyant sur des études estimant le coût de production entre 35 et 46 dollars (32 à 42 €) par an. Selon les auteurs de l’étude publiée dans JAMA, si le lénacapavir ne capturait que 5 % du marché américain de la PrEP au prix actuel, son coût dépasserait l’ensemble des dépenses consacrées à la PrEP orale.

Les accords par abonnement : une solution envisageable ?

Face à cette situation, les chercheurs proposent une solution inspirée du modèle économique des plateformes de streaming comme Netflix : les accords de licence par abonnement. Ce système a déjà fait ses preuves dans le traitement de l’hépatite C, où des prix initialement prohibitifs (84 000 dollars, soit environ 77 000 € par cure) ont été réduits grâce à des accords négociés avec les assureurs. Au lieu de payer pour chaque patient traité, les assureurs versent une somme forfaitaire pour un accès illimité au traitement. Cette approche a bénéficié à tous : les laboratoires ont préservé leurs revenus, les patients ont eu accès aux traitements, et les payeurs ont maîtrisé leurs coûts.

Trois facteurs rendent le lénacapavir particulièrement adapté à ce modèle : son prix élevé, ses faibles coûts de production marginaux (inférieurs à 100 dollars, soit environ 92 €) et la prévisibilité de son taux d’utilisation. Les accords par abonnement permettraient d’éliminer les coûts marginaux, de simplifier les procédures d’autorisation et de faciliter le stockage du produit par les pharmacies.

Aux États-Unis, les gestionnaires pharmaceutiques et Medicaid, le deuxième plus grand financeur de la PrEP, pourraient négocier de tels accords. L’administration Trump avait déjà manifesté son intérêt, et un projet de loi bipartite sur l’hépatite C pourrait fournir un cadre juridique pour un accord fédéral incluant les personnes non assurées et les populations carcérales. Les pays à revenu intermédiaire, exclus des accords de génériques mais incapables de supporter les prix actuels, pourraient également bénéficier d’accords négociés via des mécanismes comme le Fonds mondial.

Les auteurs de l’étude soulignent qu’une action rapide est nécessaire pour éviter de retarder de dix ans le plein potentiel du lénacapavir. Les accords par abonnement représentent une solution prometteuse, même si les négociations en cours pour un prix de 40 dollars (37 €) dans certains pays démontrent qu’une réduction plus radicale des prix est envisageable.

En France, le laboratoire n’a pas encore déposé de demande d’autorisation de mise sur le marché pour cette indication. Il est important de rappeler que le lénacapavir est déjà utilisé dans le traitement des infections au VIH résistantes à plusieurs médicaments. Le prix des médicaments remboursés en France est fixé en fonction de leur service médical rendu (par rapport aux traitements existants) et du nombre de personnes susceptibles d’en bénéficier. Dans le cas du lénacapavir, l’utilisation en prévention concernerait potentiellement plusieurs dizaines de milliers de personnes, sur une durée pouvant s’étendre sur plusieurs années. L’évaluation du service médical rendu nécessitera d’évaluer l’impact de ce nouveau traitement sur l’attraction de nouveaux utilisateurs, l’allongement de la durée d’utilisation et l’accélération de la baisse de la transmission.

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