Home Monde“C’était apocalyptique”, raconte une femme lors de la cérémonie commémorative de Crans-Montana, alors que le propriétaire du bar est arrêté

“C’était apocalyptique”, raconte une femme lors de la cérémonie commémorative de Crans-Montana, alors que le propriétaire du bar est arrêté

by Clara Dubois

Crans-Montana est en deuil après l’incendie meurtrier qui a frappé le bar Constellation le soir du Nouvel An, faisant 40 victimes. L’arrestation d’un des propriétaires, soupçonné de négligence criminelle, a relancé la colère et soulevé de nombreuses questions sur les conditions de sécurité.

Les cloches des églises ont sonné à travers toute la Suisse vendredi, marquant une journée nationale de deuil en hommage aux victimes de la tragédie. À Crans-Montana, à quelques mètres du bar détruit, un service commémoratif a rassemblé les familles endeuillées et les survivants. Certains, encore hospitalisés, ont pu assister à la cérémonie.

Quelques instants après la fin du service, l’annonce de l’arrestation de Jacques Moretti, copropriétaire du Constellation, a secoué la communauté. Les procureurs suisses le soupçonnent, ainsi que sa femme Jessica, tous deux de nationalité française, d’homicide involontaire par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie criminel par négligence. Jacques Moretti a été placé en détention provisoire en raison d’un risque de fuite, selon le ministère public.

« Je pense constamment aux victimes et aux personnes qui luttent », a déclaré Jessica Moretti devant les caméras de télévision après plusieurs heures d’interrogatoire. « C’est une tragédie inimaginable. Cela s’est produit dans notre établissement et je tiens à m’en excuser. »

L’enquête progresse et les circonstances exactes de l’incendie se précisent. Des images de vidéosurveillance montrent un cierge magique, allumé et maintenu près d’une bouteille de champagne, entrant en contact avec le plafond recouvert d’une mousse insonorisante, dont la sécurité n’avait jamais été vérifiée. Le feu s’est propagé rapidement, provoquant une panique générale et une cohue dans les escaliers, où les portes de secours semblaient bloquées.

Une vidéo datant de six ans, retrouvée cette semaine, révèle qu’un employé du bar avait déjà alerté sur le caractère inflammable de la mousse au plafond, criant : « Faites attention à la mousse ! »

Par ailleurs, les autorités communales de Crans-Montana ont admis n’avoir pas effectué les contrôles de sécurité obligatoires dans l’établissement depuis cinq ans, sans pour autant fournir d’explication.

« C’était un enfer à l’intérieur de ce bar. Il faisait plus de 1 000 degrés. Il n’y avait aucun moyen de s’échapper », a déclaré Gian Lorenzo Cornado, l’ambassadeur d’Italie en Suisse, soulignant de multiples violations des règles de sécurité. Six citoyens italiens figuraient parmi les victimes.

Rome a ouvert sa propre enquête et le Premier ministre italien, Giorgia Meloni, s’est engagée à identifier tous les responsables. « Ce n’est pas un hasard. C’est le résultat du fait qu’un trop grand nombre de personnes n’ont pas fait leur travail », a-t-elle déclaré. « Pourquoi la musique n’a-t-elle pas été coupée dès le début de l’incendie ? Pourquoi personne n’a-t-il dit aux jeunes de sortir ? Pourquoi la municipalité n’a-t-elle pas effectué les contrôles appropriés ? Il y a trop de pourquoi. »

Au centre hospitalier régional de Sion, l’équipe médicale a été confrontée à une affluence massive de blessés, dont certains étaient les enfants de médecins présents à Crans-Montana pour le Nouvel An. « Ils avaient tous peur que la prochaine civière qui arrive porte leur propre enfant », se souvient le directeur de l’hôpital, Eric Bonvin.

Les victimes les plus gravement brûlées ont été transférées dans des centres spécialisés en Suisse et en Europe. Leur guérison sera longue et difficile, nécessitant une « renaissance », selon le professeur Bonvin, qui souligne la nécessité de reconstruire non seulement le corps, mais aussi l’identité de ces jeunes patients.

« Ils sont venus et au début ils se sentaient chanceux d’être en vie. Mais maintenant certains ressentent cette culpabilité, se demandent pourquoi ils sont ici, mais pas leur ami ou leur frère », explique le professeur Bonvin, soulignant la fragilité émotionnelle des survivants.

Le bar Constellation, désormais caché derrière des bâches blanches, reste sous surveillance policière. Un hommage spontané, protégé des intempéries, continue de s’agrandir, témoignant du chagrin et du souvenir de ceux qui ont péri dans cette tragédie.

« Les images auxquelles nous étions confrontés étaient insupportables. Une scène pire qu’un cauchemar. Des cris qui résonnaient dans un froid glacial, une odeur de brûlé. C’était apocalyptique », a témoigné Marie, une jeune femme qui se trouvait dans un bar voisin lors de l’incendie et qui a aidé à secourir les blessés.

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