Home Divertissement“Un produit de 3,22 millions de wons coûte 8,8 millions de wons.” Plus un sac de luxe est cher, mieux il se vend. [세계한잔]

“Un produit de 3,22 millions de wons coûte 8,8 millions de wons.” Plus un sac de luxe est cher, mieux il se vend. [세계한잔]

by Antoine Girard

Publié le 10 janvier 2026. Malgré les sanctions occidentales, le marché du luxe continue de prospérer en Russie, avec des prix souvent deux fois plus élevés qu’en Europe, alimenté par une culture de consommation particulière et des circuits d’importation parallèles.

  • Les prix des produits de luxe, notamment les sacs à main, ont considérablement augmenté en Russie depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.
  • Les sanctions européennes visant à limiter l’accès des élites russes aux produits de luxe se sont avérées inefficaces en raison de l’utilisation de pays tiers pour contourner les restrictions.
  • La consommation ostentatoire de luxe en Russie est perçue comme un symbole de statut social et de réussite, une tendance ancrée dans l’histoire soviétique.

En Italie, un sac Bottega Veneta modèle « Andiamo Grande » se vend environ 7 200 euros (12,19 millions de wons). Mais en Russie, le même sac atteint le prix de 1 045 000 roubles, soit l’équivalent de 18,81 millions de wons. Cet écart de prix, mis en lumière par une récente enquête du Financial Times, illustre une tendance plus large : le luxe est devenu un bien rare et coûteux en Russie depuis le début du conflit en Ukraine.

Le Financial Times a comparé les prix de 600 produits de luxe vendus dans le principal grand magasin en ligne de Moscou, « Tsum », avec ceux proposés dans les centres commerciaux européens. Les résultats sont frappants : le prix moyen en Russie est deux fois plus élevé qu’au sein de l’Union européenne (2 626 euros contre 1 229 euros, soit environ 4,45 millions de wons contre 2,08 millions de wons). L’écart est particulièrement marqué pour les sacs à main, qui coûtent en moyenne 5 200 euros (environ 8,8 millions de wons) à Moscou, contre 1 900 euros (environ 3,22 millions de wons) en Europe.

Cette « prime » est directement liée aux sanctions imposées par l’Union européenne en février 2022, suite à l’invasion de l’Ukraine. L’UE avait alors interdit l’exportation de produits de luxe d’une valeur supérieure à 300 euros (environ 510 000 wons) vers la Russie, dans l’espoir de priver l’élite russe de ces biens.

Cependant, cette stratégie s’est révélée vaine. Les produits de luxe ont continué d’affluer vers la Russie via des pays tiers tels que le Turkménistan, les Émirats arabes unis et la Chine. Un véritable « marché gris » s’est développé, ajoutant des coûts de transport, de courtage et de prise de risque aux prix d’origine. Comme le souligne le Financial Times, « il est un secret de polichinelle dans l’industrie que de grandes quantités de produits de luxe européens entrent en Russie via des pays tiers ». Les sanctions, loin de bloquer l’accès au luxe, ont paradoxalement contribué à en augmenter la valeur et à stimuler la demande.

Mais pourquoi les Russes sont-ils prêts à débourser des sommes aussi importantes pour des produits de luxe ? Les experts estiment que, pour la classe aisée russe, l’achat de ces biens n’est pas seulement une question de consommation, mais aussi une question de culture et de statut social.

« La Russie est une société avec une plus forte tendance à consommer plutôt qu’à épargner »,

Je Seong-hoon, professeur de langue et de littérature russes à l’Université des études étrangères de Hankuk et docteur en sciences politiques de l’Université d’État de Moscou

Le professeur Je Seong-hoon explique que « l’expérience de ne pas pouvoir acheter des choses même si on avait de l’argent à l’époque soviétique reste une mémoire collective et une culture de consommation dès que l’on peut acheter s’est formée ». Il ajoute également que, contrairement à d’autres pays où les personnalités politiques peuvent être critiquées pour afficher des produits de luxe, en Russie, la consommation ostentatoire est perçue comme un signe de réussite et de dignité.

Ce phénomène de consommation rappelle celui observé en Corée du Nord, où les membres de l’élite au pouvoir importent également des produits de luxe via des pays tiers. Des images de la ministre des Affaires étrangères, Choi Son-hee, portant un sac Gucci d’une valeur d’environ 13 millions de wons, ou de membres de la « lignée Baekdu » arborant des sacs Dior et des montres IWC lors d’événements officiels, témoignent de cette tendance. Cependant, cette consommation ostentatoire contraste fortement avec la rhétorique officielle du régime nord-coréen, qui dénonce la « culture bourgeoise » et limite l’accès de la population à ces biens.

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