L’obsession contemporaine pour le trouble déficitaire de l’attention (TDA) occulte une question plus fondamentale : à quoi portons-nous réellement notre attention ? C’est le point de départ d’une réflexion lancée par un collectif d’artistes et de chercheurs, les “Amis de l’Attention”, qui interrogent notre rapport à la concentration à l’ère numérique.
Selon ce groupe, le problème ne réside pas tant dans un déficit d’attention que dans une orientation erronée de celle-ci, dont les racines remontent aux premières études sur la théorie des organisations au début du XXe siècle. « Commencée dans les années 1880 et s’étendant sur tout le XXe siècle, la réflexion quantitative sur l’attention a été conçue dans un esprit d’investigation audacieuse et entreprise dans le but d’une amélioration civique et médicale », expliquent les Amis de l’Attention. « Cependant, en utilisant des instruments de plus en plus complexes pour optimiser nos capacités, ils ont établi un paradigme puissant qui considérait les humains comme des machines prêtant attention, prêtant attention aux machines. »
Cette approche, selon eux, a contribué à l’essor d’une économie de l’attention où la plupart d’entre nous passent plus de la moitié de leur temps éveillé sur des appareils conçus pour capter notre attention par le biais de clics et de balayages.
L’importance de la concentration attentive n’est pas une nouveauté. Au XVIe siècle, saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, s’est retiré dans une grotte en Catalogne pendant un an, en 1522, pour se consacrer à la « contemplation attentive ». Cette période d’introspection a abouti à deux résultats majeurs : sa conversion spirituelle et la rédaction des Exercices spirituels, des méditations sur les sentiments de gratitude, d’angoisse, de consolation et de tristesse, toujours utilisés aujourd’hui dans la formation jésuite.
Créés en 2018, les Amis de l’Attention se définissent comme un réseau informel d’artistes, d’universitaires et d’activistes partageant un intérêt pour l’étude et la pratique de l’attention. Leur objectif : « placer les économies de l’attention au centre de notre relation aux œuvres d’art… L’attention se situe au lien entre la perception et l’action, l’esthétique et l’éthique, la richesse et le pouvoir. » Il n’y a pas d’adhésion formelle, simplement des « amis ».
Cette réflexion trouve un écho particulier dans le contexte actuel de l’enseignement supérieur. Face à la flambée des coûts universitaires et aux incertitudes liées à l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur le marché du travail, les parents s’interrogent sur les compétences que leurs enfants devraient acquérir. Les arts libéraux, traditionnellement valorisés par les institutions jésuites, pourraient offrir une réponse.
Selon les Amis de l’Attention, une formation en arts libéraux, comprenant des disciplines telles que la littérature, l’histoire, la philosophie, les sciences sociales, les sciences naturelles, les mathématiques et les arts, permet de développer des compétences essentielles : connaissances approfondies, pensée critique, communication, adaptabilité et résolution de problèmes.
« La véritable attention est au cœur de la personnalité : la raison, le jugement, la mémoire, la curiosité, la responsabilité, le sentiment d’une journée d’été, l’enterrement de nos morts. Tout cela nécessite et active notre présence », soulignent les Amis de l’Attention, rappelant que l’attention humaine est bien plus qu’un simple outil d’optimisation.
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